JULIEN LAFORGE

Julien LAFORGE

Exposition du 31 mai au 27 juin 2016

Vernissage mardi 31 mai de 18h à 21h

Module percé#2 - 2016- Bois de nogal

Module percé#2 – 2016- Bois de nogal

Julien Laforge élabore un registre de formes à partir d’éléments conçus dans des systèmes de fabrication opposés. Il combine et force des éléments possédant un caractère naturel dans des systèmes sériels, révélant ainsi l’accident, le défaut, une autre régularité. Un jeu de gravité, de suspension ou d’écoulement se met en marche, articulant différents gestes de travail.

Certains éléments sont taillés autour du vide lorsque d’autres sont usinés. Un dialogue se tisse entre un système orthonormé et la notion de sauvagerie qui altère les formes et les reprend à son gré, à l’instar des paysages contemporains.

Le travail de chaine #1- 2015 - hêtre, frêne, bouleau, zinc

Le travail de chaine #1- 2015 – hêtre, frêne, bouleau, zinc

L’installation « Le travail de chaîne#2 » fait suite à une première version conçue lors d’une résidence à 2angles (Flers). Evolutive, augmentable ou rétractable, cette installation est conçue selon une logique d’éléments modulaires produits en petites séries. Elle est en lien avec les rythmes du paysage, l’observation d’espaces de travail multiples (pêche, mécanique automobile, textile). Les formes observées en milieu professionnel ont permis de développer une logique d’assemblage et de réseaux en écho à des systèmes mécaniques normés.

La pièce « Déviation » est constituée d’un matériau rigide mais signifie une fluidité. Le même système combinatoire composé d’éléments cylindriques identiques trace ici un dessin dans l’espace, en perpétuel écoulement. Dans un rapport antinomique, elle convoque différents pans de l’imaginaire oscillant entre l’organique, le végétal ou la cartographie.

La sculpture murale « Legba », fabriquée au Bénin, est issue d’un travail d’atelier fait de rythmes et d’actions répétées sur des morceaux de bois. Taillée après perçage, peinte en marquant des différences de surface par un jeu de trois couleurs, elle évoque un usage et une fonction dans la culture vaudou. Le répertoire formel des fétiches legba est composé d’objets possédant une charge spirituelle, réalisés en terre, bois et céramique, constitués de trous ou de protubérances. « Legba » cherche à donner à voir l’envers de l’objet, une face cachée impalpable. Cette action de percer un matériau et de révéler le vide, créé par le perçage dans la matière, est une constante dans son appréhension de la sculpture que l’on retrouve dans les deux lithographies « Déployer » et « Découpler ». Ce cheminement se concentre sur l’idée de boucle, de cycle et de rythme propre au travailleur et indispensable au fonctionnement des sociétés humaines.

Un nouveau paysage, à l’horizontal, se livre au regard dans la vidéo  « Palétuvier » réalisée lors d’une résidence dans le Yucatan (Mexique). L’artiste nous embarque dans une traversée de la mangrove, forêt amphibie formée par les palétuviers, arbres tropicaux capables de prospérer le long des rivages marins, vivant en colonies et développant des systèmes de racines aériennes. Un lien s’établit alors avec un objet du réel observé, induisant toute perte de repères dans la forêt. Une étrange perturbation s’opère, entre les éléments du dedans et du dehors, invitant à un va-et-vient à la surface de l’eau.

Palétuvier - 2016 - vidéo

Palétuvier – 2016 – vidéo

Dans un système rhizomique, cet espace vivant, ces arbres en mouvement, dénués de toute verticalité, appelle à un déplacement du regard entre infini et proximité immédiate.

La pièce « Monsieur le temps et sa barbe fleuve » fait référence au documentaire Bassae (1964) de Jean-Daniel Pollet, filmé autour du temple d’Apollon à Bassae en Grèce. Il fait écho à une fin imminente de l’architecture, à une disparition irrémédiable. Les colonnes dressées de la Grèce antique se couchent avec l’usure, le passage du temps et de l’eau, comme un retour naturel à leur source minérale. Les cannelures des colonnades sont ici évoquées par le geste de taille, traçant un passage potentiel pour les cylindres placés comme une masse capillaire. Une contradiction évidente s’opère alors entre le morceau de chêne et ces éléments usinés, portant la trace d’accidents. Placés jusqu’au sol, ils induisent une fluidité et jouent le simulacre d’éléments écoulés de la matière.

Le végétal se voit alors personnifié, se révélant dans sa matière première et dans sa mue en cours.

Margaux Brun