Willy LE NALBAUT

« Pérégrinations girouettes »

Architecte tout-puissant et excentrique, il jette les bases d’un monde où les bâtiments se percutent pour mieux s’enlacer, où les plantes éclatent d’un rire fiévreux, et où des fenêtres égarées encadrent l’horizon. Par une négligence délibérée, il écarte les règles de la perspective académique, au point de nous donner presque le vertige. Le saut depuis le lit dépasse l’échelle des éléments.  

Il est en dialogue constant avec la peinture. Il matérialise ses enchevêtrements trivialement métaphysiques en de multiples chimères facétieuses. Il agit, et la peinture reçoit, laquelle se révèle à son tour à lui. Cette relation primaire est toujours faite d’une intrigue mutuelle.  

Ces chimères se moquent de lui, se moquent de nous, et il raille, avec un cynisme toujours attachant, la vie qu’il perçoit comme une immense escapade. Vive la météorite ! Vive la vache couronnée! On peut parfois percevoir en lui un Diogène, mentor inexpliqué, mais aussi un Diogène comme syndrome pictural. Du pain, du vin, du bon pain, du bon vin, s’il vous plaît, au loin.  

L’espace canevas-artiste devient un lieu de dialogue entre objets peints et pensées feintes ; tout n’est que bavardage et verbiage, facile à manipuler, prenant parfois une tournure de coup de poignard dans le dos. Il doit parfois deviner ce que ces chimères lui racontent, quitte à imposer occasionnellement sa volonté sans ignorer le ressentiment que ces avatars, en pleine crise d’autonomie, expriment parfois à son égard.  

Car il est à l’écoute des aventures mystérieuses que la vie lui offre et que la peinture lui révèle. Tel un mythe où l’expérience abstraite ou concrète, où la vie est maudite ou savourée, cherche à être digérée par une imagination communiante. En fin de compte, c’est un théâtre absurde qu’il peint, et c’est en totale complicité que sa peinture et lui conspirent pour kidnapper le spectateur à travers de multiples détails et un brouhaha luxuriant.

Patrick SIMKINS

« Jardin collectif »

Exposition du 7 avril au 16 mai 2026 – mais du 20 avril au 4 mai, ouverture de la Galerie uniquement sur rendez-vous

Patrick Simkins s’interroge sur la fugacité de l’existence et la possibilité d’un nouveau mode de vie, en harmonie avec l’ensemble du monde vivant. Son processus artistique émane d’abord de son interrogation face au flux d’images qui circulent sur les réseaux sociaux. Ceux-ci auraient-ils pris la place des interactions sociales dans la vie réelle ? Ne prenons-nous pas plus de temps à nous consacrer aux écrans qu’à vivre en phase avec la réalité ? Telles sont les questions que pose l’artiste. À partir d’images glanées sur le net, superposées et dont le résultat lui inspire une possible cohérence, il réalise des dessins dans lesquels tout un chacun peut découvrir des formes qui s’imbriquent : une démarche semblable au dessin automatique. Patrick Simkins fait émerger des situations quelque peu étranges qui inspirent une certaine inquiétude face au bouleversement climatique. Le spectateur peut se raconter des histoires, s’accorder un moment pour percevoir des plantes qui poussent, certaines en pots…
En prenant le temps d’observer ses dessins et ses peintures, des formes sphériques se donnent à lire. Il s’agit de bulles, de ballons, d’œufs, d’éléments en transition symbolisant une forme de fertilité empêchée. Nous savons que nous faisons partie du vivant et que nos actions envers la planète ont chacune une place déterminante. Or, nos idées restent flot-tantes et il serait urgent de passer à l’action, d’aller de l’avant, de « faire sa part » du colibri, pour reprendre la philosophie de Pierre Rabhi. Tels sont les messages que souhaite faire passer l’artiste. Dans ses œuvres plus récentes, une pousse végétale émerge de la planète Terre. « L’œuf et la planète semblent être une seule et même chose. La fertilité des humains et celle de la planète sont interdépendantes » pour Patrick Simkins.

Tel un jardinier, l’artiste a fait de son atelier le lieu d’un compostage de ses œuvres picturales. Pour cette exposition à la galerie du Haut Pavé, Patrick Simkins crée « un jardin de rocailles ».

Celui-ci tend à nous faire prendre conscience de certains paradoxes : un désir de liens avec la nature et la volonté de la contrôler. Dans sa série actuelle, Wild Garden, commencée le jour de la naissance de son fils, il rend compte de nos envies de restaurer notre sensibilité aux éléments naturels, de les apprécier, de prendre le temps de les connaître pour mieux les préserver. Au-delà d’une réflexion sur la perte d’une relation physique à la nature, il s’agit pour l’artiste de nous inciter à envisager l’importance des rapports humains, enrichissants et constructifs.

Diplômé d’un BA (Hons) en Fine Art & Illustration de l’Université de Coventry,
Patrick Simkins a également suivi le Turps Banana Correspondence
Course, programme dédié à la peinture contemporaine. Il est à l’origine du collectif BAF BAF – Back and Forth, Britain and France, créé dans le contexte du Brexit afin de favoriser les échanges artistiques entre la France et le Royaume-Uni.

Son travail a été présenté au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et aux États-Unis, notamment dans des expositions à OHSH Projects (Londres), Staublau Gallery (Oldenburg), BBK Oldenburg Gallery, à la London Art Fair avec C&C Gallery, ainsi que dans des événements tels que le London Contemporary Art Prize et l’ING Discerning Eye. Il a également été finaliste du UK National Open Art.

Parallèlement à sa pratique picturale, il développe des performances interactives présentées à l’international, notamment au Lyric Theatre de Hammersmith à Londres et au Palais des Beaux-Arts de Lille.
En parallèle de son travail artistique, il enseigne les arts plastiques dans plusieurs écoles d’art à Paris.

Attardons-nous plus précisément sur ses peintures. Celles-ci présentent de forts contrastes de couleurs, attirent notre regard autant qu’elles peuvent susciter un certain dérangement. Il s’en dégage une atmos-phère à la fois joyeuse, proche d’un futur désirable et d’un monde quelque peu inquiétant. Nous songeons alors à l’état de la planète que nous laisserons aux générations à venir.

Tel un jardinier, l’artiste a fait de son atelier le lieu d’un compos-tage de ses œuvres picturales. Pour cette exposition à la galerie du Haut Pavé, Patrick Simkins crée « un jardin de rocailles ». Des plantes, réalisées à partir de toiles recyclées, insérées chacune sur un fragment de bitume, suscitent notre interrogation : quelles nouvelles espèces pousseront sur une terre devenue infertile ? Quels végétaux s’adapteront au changement clima-tique ? Certaines « fleurs-rochers » ont été préalablement confiées à des visi-teurs qui pourront tout au long de l’exposition choisir de les faire dialoguer avec les peintures afin de poursuivre l’installation.

La galerie devient alors le lieu où idées et points de vue se partagent. Y sont présentées ses œuvres de différents médiums, chacune constituant le point de départ d’une autre, à l’image des différents gestes écologiques que nécessite l’entretien d’un jardin en suivant le rythme des saisons. Ses esquisses font écho à la nécessité de préparer la terre. Ses dessins collages, métaphore de la germination des idées à l’atelier, renvoient aux premières pousses du printemps. Ses peintures suggèrent la saison estivale tandis que ses œuvres réalisées à partir de découpage et de réassemblage d’anciennes toiles font allusion à la saison automnale et à la litière de feuilles mortes.

Ainsi, Patrick Simkins tend à nous questionner sur les actions que nous pouvons entreprendre pour un futur soutenable. Face à nos incer-titudes, cultivons la joie, l’empathie et l’entraide afin de stimuler une mise en mouvement, une participation active face aux enjeux actuels.

Pauline Lisowski
Critique d’art membre de l’AICA

Anissa TAVARA

« OBJECT IMAGES – Etats entre forme et image »

Exposition du 11 mars au 4 avril 2026

Les œuvres présentées résultent d’un processus de traduction matérielle dans lequel la forme n’est pas représentée, mais physiquement conservée. Des structures spatiales sont transférées vers un état de surface par la contraction contrôlée d’un médium biologique, dans un processus irréversible, sans perdre leur continuité matérielle. La profondeur n’apparaît pas comme illusion ou représentation, mais comme condensation : densité, opacité et différenciation tonale au sein d’un état de surface comprimé. Le matériau agit comme un dispositif de stockage d’événements physiques.

L’image n’est pas composée, mais produite. Ce qui devient visible est le résultat de transformations précises au cours desquelles le comportement du matériau se déploie dans le temps. La couleur et la luminosité ne procèdent pas d’un ajout, mais de la forme et de relations spatiales. Ce qui apparaît comme dégradé, champ ou concentration est la trace d’un événement physique. Chaque œuvre fonctionne comme le protocole d’un état matériel spécifique.

Situées entre objet et image, les œuvres échappent aux catégories établies et se comprennent comme des object images : ni peinture ni sculpture, mais des états où surface et volume coïncident. L’image ne renvoie pas à un extérieur, mais persiste comme le résidu d’un processus dans lequel forme, profondeur et matière ne convergent jamais complètement.

Le sens n’émerge ni du symbole ni du récit, mais de la logique propre du matériau. Au sein de ce langage visuel réduit, la question se déplace de ce que montre une image vers les conditions de son apparition — et vers ce qui subsiste lorsque la représentation est remplacée par la transformation.

Née à Hambourg, en Allemagne, en 1992, Anissa Tavara est titulaire d’un diplôme en ingénierie ainsi qu’en beaux-arts et a achevé sa formation artistique à la Hochschule für bildende KünsteHamburg en 2025, incluant un séjour d’échange à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts deParis (2024). Elle vit et travaille à Hambourg. Dans sa pratique artistique, Tavara explore les tensions entre abstraction numérique et incarnationmatérielle. Son travail repose sur une approche matérielle et formelle, centrée sur les biomatériaux à base d’algues et leurs propriétés temporelles et physiques. Sa pratique est interdisciplinaire, s’intéressant particulièrement aux intersections entre art, science et technologie.Au cœur de son travail se trouvent des processus de traduction : entre objet et image, entre logiques analogiques et numériques, et entre contrôle et autonomie matérielle. De cette investigation, Tavara a développé une technique unique basée sur le rétrécissement contrôlé de biopolymères, qui transfère l’information spatiale dans des biofilms plats. La profondeur n’est pas simulée mais codée matériellement (brevet déposé). Les œuvres résultantes se situent entre l’image et l’objet et échappent aux catégories traditionnelles. Tavara les qualifie d’object images: ni peinture ni sculpture, mais des états où surface, volume et processus matériel convergent.

Les œuvres de Tavara ont principalement été exposées en Allemagne, notamment au Haus der Kunst de Munich (2024) ainsi qu’au Künstlerhaus und Stadtgalerie Lauenburg (2023). Elle a également dirigé des ateliers sur les biomatériaux à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et aux Deichtorhallen de Hambourg (2024). En 2024, elle a reçu le Deutschlandstipendium pour performances exceptionnelles.

Carte blanche à Frédérique LOUTZ avec Isabelle DELUGEAU, Gad COHEN et Renaud BUENERD

« Que l’envers reprenne ses droits car l’endroit ne tolère plus de revers « 

Exposition du 3 au 21 février 2026

Isabelle Delugeau

Dans un monde où l’absurde est dorénavant érigé en loi, considérons les deux bouts de la banane avec humour et candeur comme autrefois.

Convenons encore que si les deux bouts se valent, la possible bascule du fruit n’en révèle que mieux le contour de sa courbe.

Ce moment de bascule, où tout semble si différent, nouveau… et pourtant on n’invente pas une chicote, on l’accepte, on la partage ou alors tu chipotes. Et puis le fruit ne change pas de nature.

Comprenons que pour s’autoriser à être ce qu’ils sont, nos amis Isabelle, Gad et Renaud ont affuté leur dextérité, leur œil, leur choix en des territoires moins exposés mais non moins exigeants et s’ils ont tous trois commencé leur vie par un bout, ils la continuent du même élan.

Félicitons nos amis Isabelle, Gad et Renaud, longtemps au service d’autres commanditaires, d’oser enfin être à découvert, d’affirmer leur propre choix, sans fracture mais simple changement de facture.

Gad Cohen

Car oui, il y a du parcours de modéliste, de comédien, d’éditeur aussi, mais s’il y a du désir, de la copie, de la lutte, du découragement, du recouvrement, de la reprise, et des feuilles qui s’empilent et des formes qui se précisent, se répètent, se bousculent et des couleurs qui s’inventent et des grains de textures qui racontent, alors notre homme/femme/fruit est un artiste.

Je sais bien de quoi je parle puisque dans cette carte blanche-là, c’est moi qui distribue les rôles.

Quel état de grâce, le moment où je deviens le maître de cérémonie.

Quel état de chance ce moment où une main se tend vers celle qui veut être saisie, où une jambe se lève, un pied se pose, et un pas encore nous lie dans cette drôle de danse de la vie.

Car il faut bien tôt ou tard, je veux le croire, lever le lièvre, qu’il se présente à l’endroit, ou bien à l’envers.

Renaud Buénerd

Slava VORONTSOV

« Nouveau fauve »

Exposition du 6 au 31 janvier 2026

L’exposition personnelle NOUVEAU FAUVE de Slava Vorontsov met l’accent sur la peinture abstraite expressionniste, tout en présentant également des œuvres graphiques et des sculptures. Les couleurs et les gestes établissent un pont entre les générations d’artistes, en résonnance avec l’héritage du fauvisme et de la galerie Haut-Pavé, où Matisse et Dufy ont exposé en 1954. Ce « nouveau fauve » propose une vision contemporaine de ce mouvement.


Les œuvres s’inspirent des recherches anthropologiques de l’artiste, explorant l’humain comme partie intégrante de la force animale de la nature – destructrice ou créatrice. La pièce centrale, Résurrection du Nouveau Fauve (2025, peau d’animal sauvage sur châssis, 60,5 x 75,5 cm, Paris) peut se lire comme une métaphore de la guerre et de la violence latente de l’humanité.

La peau de l’animal devient alors un signe d’identification sacrée, incarnant la puissance et la fragilité naturelles de l’homme..
Slava Vorontsov a terminé en 2025 le programme Hérodote des Beaux-Arts de Paris, qui permet à des artistes en exil non francophones de reprendre contact avec le monde de l’art et de l’enseignement supérieur.

https://vorontsov.fr