{"id":613,"date":"2014-02-27T12:42:05","date_gmt":"2014-02-27T11:42:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.haut-pave.online\/galerie\/?p=613"},"modified":"2015-02-25T16:40:48","modified_gmt":"2015-02-25T15:40:48","slug":"maya-benkelaya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/2014\/02\/27\/maya-benkelaya\/","title":{"rendered":"MAYA BENKELAYA"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: left;\"><strong>MAYA BENKELAYA<\/strong><br \/>\n<strong><em>GRIP<\/em><\/strong><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: left;\">Exposition du 4 f\u00e9vrier au 15 mars 2014<br \/>\nVernissage mardi 4 f\u00e9vrier 2014 de 18h \u00e0 21h<\/h1>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"http:\/\/www.haut-pave.online\/galerie\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/maya-benkelaya-272-dpi-e1391446603495.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-621\" src=\"http:\/\/www.haut-pave.online\/galerie\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/maya-benkelaya-272-dpi-e1391446603495.jpg\" alt=\"maya benkelaya 2(72 dpi)\" width=\"548\" height=\"436\" \/><\/a><\/p>\n<p>Sans titre, 2013, Feutre sur papier, 60 x 45 cm<\/p>\n<p><em style=\"text-align: left;\">Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l\u2019autre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"right\">Roland Barthes<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">N\u00e9e en Alg\u00e9rie en 1980, Maya Benkelaya a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure des beaux-arts de Paris. Ses \u0153uvres \u2013 dessins et sculptures \u2013 mettent en sc\u00e8ne le corps humain, mais en ne le faisant jamais figurer explicitement, proc\u00e9dant plut\u00f4t par allusions ou par m\u00e9taphores. Elle use ainsi de subterfuges transposant l\u2019anatomie dans des formes improbables, absurdes ou inconfortables, mais tou\u00adjours identifiables. Peut-\u00eatre peut-on y voir une fa\u00e7on de contourner l\u2019interdit de la figuration des \u00eatres vivants dans la tradition islamique<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[2]<\/a>. Ce refus de la repr\u00e9sentation directe n\u2019exclut pas une forme de voluptueuse sensualit\u00e9, faisant \u00e9cho au propos de Marguerite Yourcenar\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est la volupt\u00e9 elle-m\u00eame, sinon un moment d\u2019attention passionn\u00e9e au corps ?\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Plus encore qu\u2019au corps, c\u2019est \u00e0 sa fronti\u00e8re avec le monde ext\u00e9rieur, \u00e0 la peau, que l\u2019artiste porte son attention la plus passionn\u00e9e. Le latex est un de ses mat\u00e9riaux de pr\u00e9dilection. Il peut se r\u00e9pandre au sol, comme une flaque d\u00e9limit\u00e9e par une fragile bordure, pendre au mur en lani\u00e8res sages ou d\u00e9chiquet\u00e9es, constituer des torsades en forme de tresses. Il est souvent accompagn\u00e9 de boutons pression pour souligner le fait qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un mat\u00e9riau qui a pour vocation de se refermer, de mouler pour mieux envelopper<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[4]<\/a>. Mais cet enfermement sugg\u00e9r\u00e9 n\u2019a rien d\u2019un emprisonnement. On dirait que Maya Benkelaya veut prendre le contre-pied de Schopenhauer quand il d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun est enferm\u00e9 dans sa conscience comme dans sa peau.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[5]<\/a> Au contraire, ses \u0153uvres d\u00e9livrent l\u2019imagination et la conscience qui, lib\u00e9r\u00e9es de toute repr\u00e9sentation trop explicite, peuvent s\u2019\u00e9garer dans des chemins non balis\u00e9s qui n\u2019ont rien de contraint ou de pr\u00e9d\u00e9fini. On pense \u00e0 l\u2019expression \u00ab\u00a0Esclave de corps, d\u2019esprit libre.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[6]<\/a> de Sophocle. Et c\u2019est bien de cela qu\u2019il est question. La peau, telle une mue, est rest\u00e9e sur place. Son <em>habitant<\/em> s\u2019est \u00e9chapp\u00e9, a pris une libert\u00e9 que le spectateur est libre d\u2019imaginer comme il l\u2019entend.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Que dire de ces d\u00e9pouilles qui nous interpellent comme seuls t\u00e9moins de probables mauvais traitements\u00a0: \u00e9corchements renvoyant \u00e0 Marsyas ou \u00e0 saint Barth\u00e9lemy, tortures individuelles comme dans <em>La colonie p\u00e9nitentiaire<\/em> de Kafka, lac\u00e9rations sadiennes, raffinements cruels et voluptueux dignes du <em>Jardin des supplices <\/em>de Mirbeau\u2026\u00a0? Elles renvoient \u00e0 une r\u00e9flexion sur la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019\u00e9corce humaine. Ce point est corrobor\u00e9 par le fr\u00e9quent recours de l\u2019artiste \u00e0 des \u00e9quipements m\u00e9dicaux, orthop\u00e9diques ou sportifs rendus presque anodins par leur transformation en th\u00e8mes de contemplations esth\u00e9tiques. Ils sont multipli\u00e9s, assembl\u00e9s, d\u00e9form\u00e9s, \u00e9tir\u00e9s pour cr\u00e9er des objets ou des installations qui forcent le regardeur \u00e0 repenser le rapport de son propre corps avec le monde environnant. Les sentiments se bousculent, s\u2019entrechoquent et se contredisent\u00a0: contrainte, obstacle, abandon, r\u00e9signation, lib\u00e9ration, souffrance\u2026 Mais, comme le soulignait Shakespeare\u00a0: \u00ab\u00a0Plus le corps est faible, plus la pens\u00e9e agit fortement.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[7]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Une des caract\u00e9ristiques essentielles de la peau est sa semi-perm\u00e9abilit\u00e9. Maya Benkelaya la met en \u00e9vidence dans ses dessins qui se pr\u00e9sentent, le plus souvent, comme des assemblages frontaux de surfaces opaques partiellement ajour\u00e9es, \u00e0 des tissages, \u00e0 des cuirs corroy\u00e9s ou \u00e0 des damasquinures. On pense in\u00e9vitablement au travail artisanal de l\u2019art populaire kabyle, \u00e0 ses poteries peintes \u2013 les <em>ikoufans <\/em>\u2013, \u00e0 ses peintures murales, \u00e0 ses bijoux et \u00e0 ses tatouages, subsistance d\u2019une lointaine \u00e9criture primitive remplie de symboles sexuels. Ces dessins arr\u00eatent le regard tout en m\u00e9nageant des sorties, vers le fond de la feuille, sorties sans issue. Ils se laissent p\u00e9n\u00e9trer par l\u2019\u0153il, mais le captivent, le capturent et l\u2019emp\u00eachent d\u2019en ressortir, incitant \u00e0 une certaine forme de voyeurisme. Ils se comportent ainsi comme des moucharabiehs<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[8]<\/a>, surfaces semi-perm\u00e9ables et asym\u00e9triques par excellence \u2013 voir sans \u00eatre vu \u2013, variantes des vitres sans tain, alimentant bien des fantasmes voyeuristes repris, notamment, par Duchamp dans son <em>\u00c9tant donn\u00e9s : 1\u00b0 la chute d\u2019eau 2\u00b0 le gaz d\u2019\u00e9clairage\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><strong>\u00a0Louis Doucet<\/strong>, janvier 2014<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">*<\/a> Texte de pr\u00e9sentation de l\u2019exposition de Maya Benkelaya \u00e0 la Galerie du Haut-Pav\u00e9, du 4 f\u00e9vrier au 15 mars 2014 .<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[1]<\/a> In <em>Fragments d\u2019un discours amoureux<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[2]<\/a> De fa\u00e7on assez curieuse pour une tradition aussi forte, ni le Coran ni les had\u00eeths ne sont pr\u00e9cis sur ce point. L\u2019interdit se rattache \u00e0 la tradition juda\u00efque de proscription des idoles, telle qu\u2019exprim\u00e9e dans l\u2019Ancien Testament\u00a0: \u00ab\u00a0Tu ne feras point d\u2019image taill\u00e9e ni de repr\u00e9sentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.\u00a0\u00bb, <em>Exode <\/em>XX.4.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[3]<\/a> In <em>M\u00e9moires d\u2019Hadrien<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[4]<\/a> Le latex a ses f\u00e9tichistes. Les combinaisons moulantes en latex emp\u00eachent la respiration de la peau et provoquent un sentiment d\u2019apesanteur, de protection quasi f\u0153tale.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[5]<\/a> In <em>Aphorismes sur la sagesse dans la vie<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[6]<\/a> <em>Fragments<\/em>, l. 677.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[7]<\/a> In <em>Hamlet<\/em>.<\/p>\n<div style=\"text-align: left;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[8]<\/a> Noter l\u2019\u00e9tymologie de ce mot qui vient de l\u2019arabe \u0645\u0634\u0631\u0628\u0629 (mi\u0161raba) d\u00e9signant une cruche, encore une enveloppe quelque peu poreuse prot\u00e9geant un contenu d\u00e9sirable.<\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><\/div>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><a href=\"http:\/\/www.haut-pave.online\/galerie\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/maya-benkelaya-372dpi.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-623 alignnone\" title=\"maya benkelaya 3(72dpi)\" src=\"http:\/\/www.haut-pave.online\/galerie\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/maya-benkelaya-372dpi-e1391446714189.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\">Sans titre, 2013, Feutre sur papier, 35 x 50 cm<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MAYA BENKELAYA GRIP Exposition du 4 f\u00e9vrier au 15 mars 2014 Vernissage mardi 4 f\u00e9vrier 2014 de 18h \u00e0 21h Sans titre, 2013, Feutre sur papier, 60 x 45 cm Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l\u2019autre. Roland Barthes[1] N\u00e9e en Alg\u00e9rie en 1980, Maya Benkelaya a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e \u00e0 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/2014\/02\/27\/maya-benkelaya\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;MAYA BENKELAYA&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-613","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-expositions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=613"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/613\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=613"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.haut-pave.org\/galerie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}