Gabrielle HERVEET

« L’espace des phases »

« L’espace des phases d’un système est l’espace mathématique dans lequel tous les états possibles du système sont représentés »

Un espace des phases permet la représentation de l’évolution de systèmes pendant une durée : tous leurs états successifs sont simultanément accessibles au regard.

Pour sa première exposition personnelle à Paris, Gabrielle Herveet transforme la Galerie du Haut-pavé en un « espace des phases » dans lequel ses pièces, sculptures, dessins et calendriers, jouent de métamorphoses, de mythologies et de mathématiques. Elle propose un ensemble onirique et sensible, entre approche scientifique, références archéologiques et résidus de paysages réels ou imaginaires.

Devenir sirène, mémoires du Dourven, 2024, coquilles de moules sauvages, tissu

Le rivage, lieu primordial

Le rivage, espace primordial de la vie de Gabrielle Herveet comme de son travail, est vu comme une ruine perpétuelle, un état de présent toujours naissant et se recomposant.

L’ensemble présenté ici est issu de milliers de promenades, de quêtes, de rêves et de baignades et présente les résultats de son lien puissant et quotidien à l’estuaire jouxtant son atelier.

L’espace des phases est une exposition de résidus : de rivages, de regards, de matériaux laissés par le fleuve. Elle pose la question du reste et du souvenir, de la persistance des objets, des symboles, et des connaissances à travers les âges.

Gabrielle Herveet aime « ouvrir le temps », en décortiquer les mécanismes, les mettre en forme et les donner à voir. Patiemment, à longueur de répétitions, elle questionne les processus lents et naturels qui font notre monde, sa fragilité comme sa permanence.

Devenir sirène, mémoires du Dourven, 2024, coquilles de moules sauvages, tissu

Calendrier et espaces communs

Nos représentations du temps sont issues d’une longue histoire, mêlant phénomènes naturels, astronomiques et mathématiques. Les calendriers en sont le résultat, ce sont des faits de civilisation qui sédimentent coutumes, croyances et usages. Ce sont aussi des formes symboliques qui permettent à leurs « habitants temporels » de faire société, de se déplacer dans un temps commun comme il est possible de le faire dans l’espace.

Les pièces-calendriers de Gabrielle Herveet permettent de se projeter dans le passé et dans le futur, tout en se situant dans notre présent.

Elles ré-activent des cycles oubliés, des souvenirs d’astres.

L’espace des phases devient l’espace où des phénomènes naturels et répétitifs, immanents et rémanents sont mis en forme et s’activent : les rapports entre année lunaire et année solaire, la précession des équinoxes, l’érosion d’un fleuve ou la périodicité des éclipses…

L’artiste fait se rassembler des millions années, des millénaires, des siècles, des décennies, des années, des minutes et des secondes.

Phases animales

Les phases animales ne sont pas absentes : la vue en coupe de la croissance d’un fleuve devient plumage d’un grand rapace, les gastéropodes positionnés sur de la soie rappellent une peau d’alligator, la branche recouverte d’ardoise semble se mouvoir comme un serpent… L’artiste joue des métamorphoses, des semblants, des attributs animaux, ailes, peau, écailles, plumes, qui sont utilisés dans des objets décoratifs ou rituels depuis des millénaires. Entités marines ou aériennes, fusion entre minéral, animal et végétal, c’est bien de mythologies dont il est question ici : la séparation entre les ordres du monde n’est pas effective, chaque chose pouvant se transformer en une autre.Pour l’artiste, les œuvres d’art sont agencements temporaires de matière, soustraite ou empruntée à des cycles plus grands. La vie et la mort des choses comme des êtres sont latents.

La migration du pôle Nord céleste, 2024, graphite, papier

Les phases de la lune et nos regards

L’espace des phases pourrait aussi être l’endroit où les phases de la lune peuvent s’accumuler, se mélanger. Ces phases lunaires, qui ne sont qu’interactions entre rayons du soleil et forme sphérique, relèvent de l’immatériel, d’une perception d’yeux humains sur un instant naturel. C’est bien ici où se trouve le lieu de la fascination de l’artiste, son moteur créatif : des perceptions qui découpent, font sens, symbolisent. Par le regard, la nature devient nombre, mesure, singularité, métronome de nos existences depuis la nuit des temps.

Gabrielle Herveet réussit à nous faire approcher l’infiniment grand et le très petit, l’intime et l’univers, l’instant et le millénaire.

Marie-Sidonie Le Clec’h

Vogel APACHETA

« La Hija del Sol »

Exposition du 28 mai au 29 juin 2024

L’exposition La hija del Sol fait allusion au pouvoir symbolique de l’énergie solaire, ainsi que la création de l’être humain. Avec cette exposition je souhaite aborder la vie et l’énergie solaire qui nous maintient en vie sur terre. Nous sommes tous enfants du Soleil, nous sommes tous des enfants de la Terre mère Pachamama. Cette année nous célébrons le retour du Soleil 5532 le nouvel an Aymara dans l’équinoxe d’hiver de l’hémisphère sud. Je souhaite célébrer ce retour du Soleil reconnaissante pour la vie, et, la joie et toute la lumière qu’il m’apporte. Avec cette exposition j’aimerais partager une métaphore qui entoure mon travail dans l’exposition.
Maître des maîtres ;
Tous les enfants du soleil sont appelés à partager tout leur apprentissage aux générations futures vers le chemin de la lumière. Répand toute ta lumière. C’est toi qui t’es choisi. C’est toi qui apportes l’énergie solaire.

« Ce qui se dilue, se dissout, chez Vogel Apacheta, c’est la forme. On devine ses sources picturales dans la végétation et les paysages de son pays natal ou d’ailleurs. Elles resurgissent sous forme de fragments qui auraient été déstructurés, déconstruits, par un dispositif semblable à celui d’un kaléidoscope, avec des effets de réflexions en miroir, des lignes de clivages, des pliages, des fausses symétries, des collages et des superpositions… Nous sommes ici dans un espace de pleine liberté, dans lequel la question de la figuration ou de la non-figuration ne se pose pas. Les peintures qui en résultent entrent ainsi en résonance avec un autre propos de Malraux qui écrivait : « Le conflit entre figuratifs et non-figuratifs n’a d’importance que par son enjeu, qui fut la liberté du peintre (Pollock commence à Olympia…), fût-elle la liberté de trouver de nouvelles figurations. On ne l’abandonnera pas de sitôt. »

Les formes, outre des réminiscences végétales, peuvent traduire graphiquement des itinéraires réels ou fantasmés, des éléments architecturaux, des objets de l’environnement quotidien, des petits riens sans importance empruntés à la vie de tous les jours, abordés de façon factuelle ou avec un brin de révolte ou de folie. La couleur, toujours très présente, explose et projette ces lignes et surfaces dans un espace mis en abyme, comme Yves Bonnefoy le déclare : « La couleur n’est-elle pas là pour jeter d’un coup toute sa profondeur dans le discours du tableau ? » Souvenirs de son enfance andine ou notes relevées dans l’espace urbain de l’Europe occidentale, mélange des deux ou effets de synesthésies, comme nous le verrons, tout est bon pour faire ressentir le chaud et le froid, la sous-jacence d’un geste incisif qui réveille, interpelle ou fait rêver le spectateur sans, pour autant, imposer une lecture ou une interprétation univoque. Interrogation d’un inconnu, celui de l’artiste et celui du regardeur… L’artiste, dans son enfance au pied des cimes, ne se posait-elle pas la question : qu’y a-t-il derrière la montagne ? Au regardeur de ses peintures de répondre… »

Extrait du texte de Louis Doucet, critique d’art, 2024

Vogel Apacheta, née en 1984 à La Paz (Bolivie), vit et travaille à Paris. Elle a effectué ses premières études d’art à l’Académie des Beaux-Arts Hernando Siles à La Paz, où elle s’est spécialisée dans le dessin, la peinture, et la gravure. En 2012 elle a été diplômée à l’École Supérieure des Beaux Arts TALM Le Mans où elle obtient le diplôme DNSEP ( diplôme national supérieur d’expression plastique) grade Master. Son travail a été présenté à la Biennale d’art SIART Bolivia dans jeune création en 2009, ainsi que en 2011. Son travail a été également exposé à La Tabacalera de Madrid 2018, et à Berlin, lors de sa première exposition personnelle à Galerie Tête (artist run space) 2020. En 2019 elle est invitée à participer à une exposition consacrée à la nouvelle génération de la peinture contemporaine bolivienne à la Fondation Simon I. Patiño à Santa Cruz de la Sierra en Bolivie, curatée par Maria Schneider.