Lucia NERI

« Caminando por el jardin de Domitila, se oyen las vocesde la montana »

Exposition du 29 avril au 25 mai 2025

Huaca, détail

En se promenant dans le jardin de Domitila, on entend les voix de la montagne.

«Entonces yo llegué a la conclusión de que mi madre se murió porque era mujer
… Y me puse a llorar diciendo: ¿Para qué habré nacido yo mujer?
Igual que la mamá vamos a morir.»


Domitila Barrios de Chungara, fut une femme minière bolivienne et figure éminente du féminisme bolivien. Issue d’une famille modeste, elle a donné de nombreux témoignages sur les souffrances subies par les mineurs de son pays.

Tunupa

L’exposition présente les recherches récentes de Lucia Neri centrées autour de deux pièces maîtresses : des montagnes sœurs, installées au cœur de deux espaces de la galerie. Ces sculptures monumentales, réalisées à partir de matériaux naturels, recyclés ou écologiques, invoquent la mémoire du Cerro Rico et Huancavelica : deux montagnes essentielles à l’enrichissement de l’occident. Elles racontent l’histoire de l’extractivisme, des anciennes pratiques coloniales à la quête contemporaine de ressources pour nourrir les technologies modernes.
La montagne, d’abord divinité féminine, devient la Vierge Marie, portant sur son voile l’histoire imposée par la colonisation. Ces récits ont forgé des structures de pouvoir qui habitent encore nos imaginaires et nos corps. Le voile de la Vierge, comme un territoire, porte la mémoire des terres, imprimée dans la matière des corps et des paysages.

De nos jours, l’extractivisme façonne encore le monde. L’extraction de minerais ne s’est pas arrêtée avec l’ère coloniale : elle s’est transformée. L’intelligence artificielle, les voitures électriques, les panneaux solaires et les nouvelles technologies dépendent de ces ressources, intensifiant leur recherche dans les anciens pays colonisés d’Amérique Latine. Dans ses sculptures, Lucia Neri raconte cette histoire contemporaine en croisant matériaux écologiques et éléments industriels – métal, plastique – questionnant ainsi l’écologie en train de se construire aujourd’hui.


L’artiste interroge également les récits de domination qui ont façonné l’histoire et structuré les systèmes de pouvoir. Lors de l’exploitation des mines d’argent de Potosí, les divinités des peuples colonisés ont été diabolisées, et le récit du diable s’est imposé comme un outil de contrôle. Aujourd’hui encore, la montagne est habitée par cette figure : dans les mines, les travailleurs continuent de vénérer «El Tío», le diable souterrain. Ce mythe s’accompagne d’une violence systémique envers les femmes, tenues à l’écart des mines, facilitée dès le XVIe siècle par les récits sexistes en cours en Europe, notamment avec la chasse aux sorcières.

À travers un travail de collage, l’artiste interroge ces récits et nos technologies contemporaines. Les images utilisées dans ses œuvres peuvent être ses propres photos prises sur le terrain, des images d’archives ou des images générées par l’intelligence artificielle. En intégrant cette technologie dans son processus, l’artiste interroge sa nécessité, mais aussi la façon dont elle s’inscrit dans une continuité historique marquée par la domination néocoloniale

Aktapi

Biographie :

Après une enfance et adolescence passées en Bolivie, Lucia Neri migre en France à l’âge de 20 ans pour faire des études en architecture à l’école nationale supérieure d’architecture de Paris- Malaquais. Elle a travaillé comme architecte salariée au sein de différentes agences d’architecture en France, en Bolivie et au Mexique.
Son travail artistique se développe désormais entre la Bolivie et la France. Autodidacte, intuitif et vivant, son travail ne peut se résumer en un seul medium car elle expérimente la photographie, le dessin, la vidéo, la sculpture… Elle interroge l’Histoire et ses récits cachés afin de comprendre l’extractivisme vorace que subit L’Amérique Latine aujourd’hui. Elle convoque des micro-histoires de l’ordre de l’intime et du féminin, passées présentes et futures, pour contrecarrer la fabrique de l’Histoire à l’occidentale : linéaire, héroïque et adulative du progrès

Léa VALENTIN

« Léa Valentin vous invite… »

Exposition du 18 mars au 12 avril 2025

Léa Valentin vous invite …

 Avec ce titre, Léa Valentin vous invite à lever les points de suspension pour être pleinement actrice et acteur d’une rencontre artistique en plusieurs temps. Elle affirme ainsi sa volonté d’accueillir, de partager ses œuvres, et de créer des situations de perception sensible propices à l’exploration spatiale et temporelle intrinsèque à son travail. Le premier temps de l’invitation est bien sûr celui du vernissage de l’exposition, celui de la rencontre avec Léa Valentin et les œuvres conçues et réalisées dans son atelier du Vaucluse et in situ, choisies puis installées dans l’espace de la galerie. À ce moment de convivialité et de découverte, l’artiste est un hôte qui accueille le public et recueille des perceptions initiales sensibles, des connaissances, des interrogations et des émotions que suscite son expression plastique. D’emblée, les œuvres accueillent aussi, elles s’ouvrent à l’altérité des corps et prolongent l’intention de Léa Valentin. Elles réussissent ce lien ténu et primordial de la rencontre artistique avec une pièce, avec soi et avec l’autre. Les œuvres se révèlent dans une relation intime et nécessaire qu’il appartient au regardeur d’activer. Cette relation ne s’impose pas, elle se désire et se déploie à la mesure d’une volonté d’intimité et d’un rythme personnel. L’artiste initie les conditions de la relation par la création. Dessin d’angle est certainement l’œuvre la plus significative de son invitation. Léa Valentin choisit un espace de la galerie qu’elle recouvre de graphite à l’échelle de son corps. Dans un geste ample et répété, elle va jusqu’à épuiser son énergie et l’outil, jusqu’à transfigurer le mur et ses accidents, et jusqu’à engendrer un autre lieu par ce simple recouvrement. De cet angle noir émane alors une tentation à transgresser les mises à distance de celles qui protègent généralement les œuvres. Elle invite à s’approcher, à vivre l’attraction du noir irisé, celle de l’énergie palpable et des états de corps de l’artiste imprimés dans le dessin, en toute intimité.

Rien n’est laissé au hasard dans les dessins, quelle que soit leur taille : ni le geste jamais totalement vertical dont la trace oriente le regard et tout le corps, ni l’attention à la lumière révélant au fil de la journée les infinies nuances du graphite variant du noir aux couleurs de l’arc enciel. L’artiste vous invite au fil de l’exposition et du temps à éveiller l’œil avec patience, à être disponible aux formes, aux matières et aux volumes changeants, à aller vers l’œuvre sans frontalité, à dépasser le seuil du voir pour ajouter la perception haptique à la vue. Fort de cette approche active et multisensorielle, le regardeur peut expérimenter la musicalité et le rythme immanents des œuvres. Elles conservent la trace des gestes sans retour possible et de l’énergie maîtrisée de l’artiste. La série Orange témoigne de cet accomplissement enrichi par un dispositif de présentation des cinq panneaux, savamment espacés de trente centimètres, qui accentue la sensation de mouvement d’une tache de couleur et de palpitation alternant respirations et silences. Les œuvres de Léa Valentin transgressent les genres du dessin, de la peinture, de la sculpture, voire de l’architecture. Geste Pluie et Geste Vertical se conjuguent en installation généreuse modulable, de respectivement vingt-huit et huit panneaux, ou bien s’apprécient à l’unité d’une toile de vingt-cinq par vingt-huit centimètres. Explorations spatiales et temporelles sont trois propositions de dessin – sculpture réalisées sur des panneaux de bois stratifié haute pression généralement utilisés dans l’architecture pour les façades. Conçues comme des livres ouverts en trois dimensions où le regard se perd avec jouissance dans une exploration à l’infini, elles sont aussi pour l’autrice des maquettes pour de futurs projets à l’échelle un. L’artiste affirme que son travail est un art de la relation : Léa Valentin vous invite à augmenter la réalité de la rencontre artistique par l’expansion des mouvements, du temps et de l’âme.

Nathalie Filser, directrice générale de l’école supérieure d’art de Lorraine.

Instagram @leavalentin

Elise BENARD

« Promenade »

Exposition du 4 février au 15 mars 2025

PROMENADE
Cette exposition évoque le mouvement, le mouvement du regard porté sur les lieux qui nous entourent. Des endroits laissés par d’autres, qui nous déterminent pour partie. Cette sensation, présente dès l’enfance, a donné lieu à la création de mon projet de diplôme. Il présentait en face-à-face, d’un côté une série de dessins de forêts réalisés au fusain, de l’autre un ensemble d’impressions de bois gravés figurant des maisons.
Depuis, le regard porté sur le moment de l’enfance a changé et, dans le même temps les lieux qui l’ont accompagnée se sont, eux aussi, modifiés. Les traces du temps ainsi que les interactions avec ces endroits ont nourri une approche renouvelée du regard.
La pièce Alice questionne la perception adolescente d’un environnement domestique. Cette installation labyrinthique, initiée en 2011 par une série de dessins, a donné lieu à une deuxième forme neuf ans plus tard, dont des fragments sont présentés dans l’exposition. Souvenirs et plus récemment Seuils entremêlent des représentations d’espaces urbains et végétaux, jusqu’alors représentés de manières dissociées.
En parallèle s’est affirmée une approche graphique plus détaillée (série Au bois – Feu) comme scrutée à la loupe, de ce qui constitue la richesse, la densité, la diversité des vivants de forêts.
Le bois, les éléments non visibles à l’oeil nu dont il est constitué (de l’eau au carbone), sont transposés sous forme de ciel, de nuages qui passent et qu’on ne peut saisir….
En entrant dans la maison, les sensations sont détaillées elles aussi, en regardant les objets, les liens entre les personnes qui en constituent le foyer, leurs mots, changeants et immuables…
Cette promenade fantasmée dans le temps et l’espace, tente de réunir ‘des états d’être’ ou de conscience… ces paysages intérieurs qui nous accompagnent de jour en jour
DÉMARCHE
En pratiquant la gravure sur bois, le dessin et l’installation, je tente de répondre à la question sans cesse renouvelée : quelle forme donner à l’expérience quotidienne et subjective du temps ?
Dans mon travail, je cherche à révéler avec poésie les strates laissées par les époques et les liens parfois invisibles qu’elles créent entre les individus, les entités, les générations.
En réinterprétant des signes visuels primordiaux (environnement naturel et habitat) je souhaite dévoiler de manière concrète et symbolique, l’épaisseur invisible de cette matière, ses différents états et ses renouvellements.
Le bois, fibre vivante, tient une place éminente dans ma pratique, à la fois sujet et matériau de mes pièces. La résistance de la matière et les gestes répétés nécessaires à la production d’une xylographie symbolisent, à travers les empreintes réalisées pour la création d’estampes, le passage du temps. Avec le dessin sur le motif, j’exprime davantage la fragilité de l’instant. J’utilise essentiellement le fusain, mais aussi l’encre et le crayon, sur support bois ou papier.
J’explore également le potentiel évocateur des lieux dans une forme personnelle d’art in situ, en mettant en scène des visuels, des objets de récupération et des images gravées. Ces éléments entrent en dialogue les uns avec les autres, et composent des précipités plastiques qui interrogent notre regard, sa place et son perpétuel mouvement

Anna DITSCHERLEIN

Assise sur la langue d’une grenouille

Exposition du 7 janvier au 1 février 2025

Le corps et son noyau utopique
« Le corps est le point zéro du monde, là où les espaces et les chemins viennent se croiser le corps n’est nulle part ; Il est au coeur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses en leur place et je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine »
(Michel Foucault, 1966, Le Corps utopique)

Dans cette série de grands tableaux étalés sur trois ans, l’artiste poursuit ses expérimentations sur la figuration ou l’impossible figuration du corps, avec un intérêt passionné pour ce que Brauner nommait la « guerre morphologique de l’homme » et son cortège d’images métamorphiques, portées par les processus de déplacement, distorsion, attraction, coalescence qui affectent l’anatomie humaine.
D’autant plus que le corps est engagé dans d’étranges migrations, en partance vers des univers où la fantaisie se donne une totale liberté. Il est partout présent, même absent ou effacé, toujours transfiguré par des couleurs invraisemblables, vibrantes et électriques et baignant dans des éclairages hallucinants, psychédéliques ou caustiques, se refusant à l’objectivation traditionnelle et patriarcale du regard masculin. Elle le fait aussi en artiste « sémionaute » (Nicolas Bourriaud). Elle produit des itinéraires à travers des signes, des formes et des images connues, des références culturelles, les codes de la légende, du conte, de la bande dessinée ou de la publicité, autant de codes qu’elle fait malicieusement bifurquer, qu’elle détourne avec un humour bien à elle, qu’elle pousse à la limite, jusqu’à la dérision et le sarcasme, cette forme de rire qui selon son étymologie « déchire la chair », une mordante ironie.
C’est une quête où l’on peut être sensible à la liberté des formes et du dessin, au traitement, voire à l’exaspération des couleurs, à la diversité des entrées dans « la parabole graphique sans cesse recommencée de la condition humaine » …mais surtout qui interpelle le regard quant à cet énigmatique objet qui anime la recherche, le geste de l’artiste.
Le point d’où jaillit ce geste, un noeud d’âme, de pensée et de désir, c’est toujours un point du corps, un lieu de questions urgentes et brûlantes, qu’est-il ? Où est -il ? Que peut-il ? Foucault évoque sa « topie impitoyable » : Il sera toujours là où je suis et c’est la source d’une souffrance indépassable, captée chaque matin dans le miroir, il ne répondra jamais à l’utopie où je voudrais être et pourtant toutes ces utopies et rêves du corps qui veut s’échapper à lui-même trouvent bien leur origine et leur point d’application dans ce corps. Il en faut un pour travailler contre lui, et c’est ce travail qui établit le rapport entre sa souffrance et son désir – le désir est cette troisième dimension: par le désir mon corps est toujours ailleurs, lié à tous les ailleurs du monde, au point d’être ailleurs que dans le monde.
Tel est ce noyau utopique du corps, un enchaînement de trois dimensions de l’expérience du corps, à tenir au chaud à même le corps, une boussole pour s’orienter dans ces très plaisantes migrations du corps d’Anna Ditscherlein.
Georges Quidet, HCE Galerie


L’artiste allemande Anna Ditscherlein (née en 1986) vit à Paris depuis 2022. Elle a étudié à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Dresde dans l’atelier de peinture de Ralf Kerbach, (diplôme, 2021). Elle est également diplômée en design de communication (Bachelor of Arts, 2014, École Supérieure des Beaux-Arts et de Design Burg Giebichenstein Halle ). Des semestres à l’étranger, à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Varsovie (2010/11) et à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (2020/21, studio Nina Childress), font partie de son parcours de formation européen.
Ses peintures ont été présentées dans des expositions collectives à Riga (Surrender, 2021), à Vienne (Prospektive, 2019) ou à Paris (Speed Dating, 2022). Anna Ditscherlein a en outre participé à des résidences en Chine (2023, Taohuatan), au Danemark (2019, Gludsted) et en France (Meschers-sur-Gironde, 2023).


‘The body is the zero point of the world. There, where paths and spaces come to meet, the body is nowhere. It is at the heart of the world, this small utopian kernel from which I dream, I speak, I proceed, I imagine, I perceive things in their place, and I negate them also by the indefinite power of the utopias I imagine.’
(Michel Foucault, 1966, The utopian body) 

In this series of large-scale paintings spread over three years, the artist continues his experiments with the figuration or impossible figuration of the body, with a passionate interest in what Brauner called the ‘morphological war of man’ and its procession of metamorphic images, driven by the processes of displacement, distortion, attraction and coalescence that affect the human anatomy.
All the more so as the body is engaged in strange migrations, bound for universes where fantasy is given total freedom. It is present everywhere, even when absent or erased, always transfigured by incredible, vibrant, electric colours and bathed in hallucinatory psychedelic or caustic lighting, refusing to accept the traditional, patriarchal objectification of the male gaze.
She also does this as a ‘semionaut’ artist (Nicolas Bourriaud). She produces itineraries through familiar signs, forms and images, cultural references, the codes of legends, tales, comic strips and advertising, all of which she mischievously branches off, hijacking with a humour all her own, pushing them to the limit, to the point of derision and sarcasm, that form of laughter which, according to its etymology, ‘tears the flesh’, a biting irony.
It’s a quest in which we can be sensitive to the freedom of the shapes and drawings,to the treatment, even the exasperation of the colours, to the diversity of the entries in ‘the graphic parable of the human condition’ …but above all it challenges our gaze as to the enigmatic object that drives the artist’s research and gesture.
The point from which this gesture springs, a knot of soul, thought and desire, is always a point on the body, a place of urgent, burning questions: what is it? Where is it? What can it do? Foucault evokes his ‘pitiless place’: It will always be where I am, and that is the source of an unsurpassable suffering, captured every morning in the mirror; it will never respond to the utopia where I would like to be and yet all these utopias and dreams of the body that wants to escape from itself find their origin and their point of application in this body. It takes one to work against it, and it is this work that establishes the relationship between its suffering and its desire – desire is this third dimension: through desire my body is always elsewhere, linked to all the other places in the world, to the point of being elsewhere than in the world.
Such is the utopian core of the body, a three-dimensional sequence of the body’s experience, to be kept warm within the body, a compass to orient oneself in Anna Ditscherlein’s very pleasant migrations of the body.
Georges Quidet, HCE Gallery


German artist Anna Ditscherlein (b. 1986) has lived in Paris since 2022. She studied at the Dresden University of Fine Arts in Ralf Kerbach’s painting studio. (Master of Fine Arts, 2021). She also has a degree in visual communication (Bachelor of Arts, 2014, University of Art and Design Burg Giebichenstein Halle). Semesters abroad at the Academy of Fine Arts in Warsaw (2010/11) and the Beaux-Arts de Paris (2020/21, Nina Childress studio) are part of her European training.
Her paintings have been shown in group exhibitions in Riga (Surrender, 2021), Vienna (Prospektive, 2019), Paris (Speed Dating, 2022) and Saint-Denis (Incertitude, 2022). Anna Ditscherlein has also taken part in residencies in China (2023, Taohuatan), Denmark (2019, Gludsted) and France (Meschers-sur-Gironde, 2023).

Le roi Saul et les trois poissons effrontés - 150x1000 - acrylique sur toile- 2024

Carte blanche à Pierre Mabille

« Certaines » avec Michèle ANTOINE, Jeanne JEZEQUEL, Marine PAGES

Exposition du 3 au 20 décembre 2024

Recevant simultanément deux propositions de « carte blanche », l’une pour une exposition à la galerie du Haut pavé en décembre 2024, l’autre pour une exposition au POCTB d’Orléans un an plus tard en 20251, j’ai saisi l’occasion de proposer une expérience en deux volets réunissant trois artistes qui n’ont jamais exposé ensemble.J’ai la chance de connaître de près – et depuis longtemps – le travail d’atelier de Michèle Antoine, Claire-Jeanne Jézéquel et Marine Pagès .

Michèle Antoine déploie depuis plusieurs décennies une oeuvre à main levée qui déroule sur papier un récit de lignes. Fluides, tendues, entrecroisées, en grilles, en sinuosités ou réseaux proliférants. Dans l’exploration des outils et supports variés les lignes elles-mêmes vivent leurs vies en déclinant leur potentiel narratif et pictural au fil du temps.

La sculpture de Claire-Jeanne Jézéquel s’inscrit dans une pensée du paysage et de l’architecture. En revisitant les possibilités visuelles de matériaux pauvres, matériaux industriels de construction, carton, verre, adhésifs… elle développe un langage inédit deformes et de matières, ouvrant des espaces à la fois construits et troubles, parfois accidentés, dans une forme d’abstraction non-autoritaire.

Les géométries rectilignes sur des surfaces colorées que Marine Pagès compose dans l’espace de la feuille font écho aux relations de nos corps à l’espace architectural, s’inspirent de structures spatiales aussi bien que d’onomatopées. Elles se déclinent parfois dans des constructions linéaires fabriquées avec des chutes de papier. Courbes légères nées de la fragilité du papier, géométries tenues en équilibre précaire. Ces trois oeuvres explorent différemment des formes, des gestes et matériaux élémentaires sur un temps long, elles se fondent sur une pensée concrète du dessin et en élargissent les contours, dans une qualité d’indépendance et de concentration remarquables.

L’idée de proposer à ces trois artistes deux mises en espace à un an d’intervalle est une manière de capter le temps à l’oeuvre dans leur pratique. Elle m’a été inspiré par la lecture de Au fil des jour 2, journal de Anne Truitt. Dans ce texte récemment traduit en français l’artiste américaine assemble passé et présent, restitue son existence d’artiste, de femme, de mère, à la maison, dans sa vie sociale et à l’atelier… recherchant un point d’équilibre entre les exigences spirituelles de son art et les aspects matériels de la vie quotidienne. Alors je me suis rappelé un poeme intitulé Certaines3 publié en 2018. Comme deux entrées pour cette carte blanche.

1 Exposition du 13.11 au 14.12 2025, 5 rue des Grands-Champs à Orléans. www.poctb.fr

2 Anne Truitt – Au fil des jours / Le journal d’une artiste ER Publishing, 2024

3 Pierre Mabille – C’est cadeau Editions Unes, 2018