Mélanie BERGER

Exposition du 26 septembre au 21 octobre 2017

Vernissage mardi 26 septembre de 18h à 21h

Composition, crayons de couleur et techniques mixtes sur papier - 105X150 - 2017

Composition, crayons de couleur et techniques mixtes sur papier – 105X150 – 2017

Je ne me souviens pas de tout.

Parfois je ne me souviens
que des couleurs
et du mouvement
et ce dont je ne me souviens pas
[ ] reste blanc,
des petits carrés ou des rectangles
ou des lignes, en blanc.

Il s’agit d’un blanc qui a une forme précise,
alors que le souvenu est informe,
comme dans les rêves.

C’est un savoir incomplet.
C’est comme si mes amnésies
étaient structurées
et modulaires
(menaçant leur reproduction),
et ma mémoire plus vague.

Un visage, par exemple, a perdu son nez, et sa bouche.
(est-ce qu’on a besoin d’un nez pour avoir un visage ?)
Il n’est même pas détaché du fond.
(est-ce que le fond fait partie des sujets qu’il contient?)
C’est lui et il était là, je le sais,
mais je ne me souviens que d’une sorte de vent de couleurs qui souffle
sur ce papier suspendu à un mur,
vers un sol

(être suspendu, c’est voler à l’envers ?).

Je me souviens de:

– un ciel divisé en deux
– un feu et des ammes comme des lignes, éteintes en haut et en bas
– un reflet d’immeuble (lequel ?) avec six fenêtres
– du sang orange drippé partout (quand ?)
– un bois vu depuis un train qui passe (j’allais où ? avec qui ? pourquoi ?)
– un nuage carré tombé sur un pré jauni, avec des fils d’herbe rouge
– de la terre sur du ciel (renversement)

– une vague qui se casse sur un rocher, dans un paysage de mon enfance
(j’ai grandi, le paysage a rétreci)

Mais – un vent a soufflé sur les couleurs de mes feuilles
pour que des symboles-confus puissent
(par mes souvenirs)
convoquer les souvenirs d’autrui.

Chiara Zocchi

Chiara Zocchi est auteur de deux romans , Olga et Volare. Elle est aussi active en tant que journaliste-curatrice-artiste, dans le milieu de l’art contemporain.

Vue d'atelier - 2017 - photo Gilles RIBERO

Vue d’atelier – 2017 – photo Gilles RIBERO

DE RENDEZ-VOUS EN RENDEZ-VOUS

Marjorie BRUNET / Marine CLASS / Julien LAFORGE / Oscar MALESSÈNE / Cécile MEYNIER / Mathilde ROUSSEL / Lucas RUIZ / Julie SAVOYE / Julia SCALBERT / Sophie TRUANT

Exposition du 12 au 24 septembre 2017

Vernissage Mardi 12 septembre de 18h à 21h

Marjorie Brunet Meurtrière 01, 2015, acrylique sur toile, carton,bois, 20,5x24 cm

Marjorie Brunet  Meurtrière 01, 2015, acrylique sur toile, carton,bois, 20,5×24 cm

 

 Montagnes-multiples-7-exemplaires-2015-

Marine Class Montagnes-multiples-7-exemplaires-2015

 

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Oscar Malessène – Sans titre – 2017 acrylique-sur-contreplaqué-52x74cm

Cécile Meynier Jonchée (série - 2017) sérigraphie, céramique grès dimensions 65 x 92 cm

Cécile Meynier  Jonchée (série – 2017) sérigraphie, céramique grès dimensions 65 x 92 cm

Mathilde Roussel Training Session, level 8, 2015, aquarelle et graphite sur papier, collage, 56,5 x 76 cm

Mathilde Roussel Training Session, level 8, 2015, aquarelle et graphite sur papier, collage, 56,5 x 76 cm

 

Lucas Ruiz - Complexité dedans - 2017 - acrylique sur toile

Lucas Ruiz – Complexité dedans – 2017 – acrylique sur toile

 

Julia Scalbert, sans titre, 2016, acrylique sur toile, 92x73cm photo©Marc Domage

Julia Scalbert Sans titre, 2016, acrylique sur toile, 92x73cm photo©Marc Domage

 

 Sophie Truant - "Un bruissement" - détail Céramique émaillée, or 10%, bronze et laine

Sophie Truant – « Un bruissement »  (détail) – Céramique émaillée, or 10%, bronze et laine

Chiman Dangi et Vincent Barré

« La grotte »

Exposition du mardi 13 juin au samedi 1 juillet 2017

Vernissage mardi 13 juin de 18h à 21h

Grotte et arbre_ Khejri, pour les arbres_Horizons Arts-Nature en Sancy - 2017

Grotte et arbre – Khejri, pour les arbres – Horizons Arts-Nature en Sancy – 2017

C’est dans une grotte des Monts d’Auvergne qu’a lieu, il y a juste un an, notre première oeuvre commune : un chemin dans les arbres bagués d’anneaux d’argent et une stèle inscrite de paroles à la mémoire des habitants d’une ville du Rajasthan qui s’immolent il y a 300 ans, pour sauver leurs arbres sacrés spoliés par le roi, luttant ainsi contre la profanation de leur culture et la désertification de leur terre.

Aujourd’hui, c’est une vision plus lumineuse qui nous réunit à la galerie du Haut-Pavé : avec un ensemble de gravures sur bois et de dessins de Chiman Dangi associant végétaux et feuilles d’argent. Ils affirment son engagement pour des actions en faveur de la préservation des ressources, du travail, de la culture et de l’environnement partout menacés, particulièrement au Rajasthan.

Chiman Dangi - Silent promise - gravure sur bois - 2008

Chiman Dangi – Silent promise – gravure sur bois – 2008

Avec des sculptures en tôle d’acier que j’ai réalisées dans les aciéries Jindal de Vasind en Inde, au cours d’une résidence en 2001, ainsi que des sculptures en terre, cuites selon la technique locale de l’enfumage chez les potiers du village de Molella où j’ai rencontré Chiman.

Cette relation confraternelle s’exprime ici, comme le fruit du désir d’élargir à la France et à l’Europe l’expérience acquise par Chiman dans sa région et lors de résidences à l’étranger. Et comme le désir de révéler ce qui, dans mon oeuvre, est dû aux voyages, souvent solitaires, dans l’Inde des villages et des déserts himalayens, ou dans l’énergie des grandes métropoles.

Les ouvriers, artisans, habitants des grandes villes et des campagnes où nous avons travaillés sont associés à nos oeuvres.

Vincent Barré, mai 2017

Grotte et arbre - Khejri, pour les arbres - 2017

Grotte et arbre – Khejri, pour les arbres – 2017

Vincent Barre - Rain traps - terracotta, Molella - 2001

Vincent Barre – Rain traps – terracotta, Molella – 2001

Vincent Barré, sculpteur est né en 1948 à Vierzon, Cher. De formation architecte, il se tourne vers la sculpture, toujours inspiré par les contextes architecturaux et urbains, par l’histoire, par les oeuvres et les musées. C’est en effet dans les voyages qu’il forme sa vision humaniste et sa sensibilité politique, proche de l’ethnologie et des évènements du monde. Il se nourrit aussi du rapport aux formes construites et aux matériaux – fonte de fer et d’aluminium, acier assemblé, céramique. Il enseigne dans des écoles d’architecture puis aux Beaux-Arts de Paris, expose dans des musées d’art. Il collabore avec la Galerie Bernard Jordan à Paris.

vincentbarre.net

Chiman Dangi né en 1979 à Jodhpur, en Inde est élevé dans un petit village du Rajasthan, diplômé en 2003 de l’école d’art d’Udaipur où il passe un doctorat en 2014. Son travail d’installations et de performances s’inspire du contexte dans lequel il est né et vise à développer une meilleure conscience des enjeux locaux, une meilleure articulation entre le local et le global, à stimuler l’ouverture et la créativité de ces communautés rurales. Les enjeux de développement social et environnemental, de protection des ressources, de prévention des pollutions sont au centre de ses préoccupations. Il a reçu de nombreux prix et bourses, exposé en Inde et effectué des résidences en Inde, Nouvelle-Zélande, Népal, Géorgie, France (Sancy-Horizons). Il est commissaire d’exposition et président de la Kaman Art Foundation, membre fondateur du collectif d’artistes Sowing Seeds International pour des projets dans des communautés villageoises du Rajasthan. Il est fondateur de la résidence Art Junction à Udaipur.

chimandangi.blogspot.in/

chimandangi2@gmail.com

Clarence GUENA

« Entre temps »

Exposition du mardi 16 mai au samedi 10 juin 2017

Vernissage mardi 16 mai de 18h à 21h

Noeud-fenetre - 2016 - résine, enduit, pigments, gravure numérique, sur bois.

Noeud-fenetre – 2016 – résine, enduit, pigments, gravure numérique, sur bois.

Clarence Guéna ou l’humilité conquérante

Le travail de Clarence Guéna est comme un mille-feuille sorti de l’atelier d’un grand pâtissier : un classique revisité dans lequel chaque couche a son propre savoir-faire, sa texture, sa couleur, sa saveur et son histoire.

Le classique ici revisité c’est le tableau, et la question qui semble à l’œuvre est comment faire un tableau qui ne soit ni un readymade, ni anecdotique, ni narratif, ni illustratif, tout en multipliant les évocations et en restant éminemment pictural ? Programme ambitieux face auquel Clarence Guéna adopte une attitude pragmatique : il met en place deux chantiers, d’un côté l’image (le motif), de l’autre la matière.

Drops 4 - 2017 - résine, canevas chinés, gravure manuelle, sur bois. 62x49 cm.

Drops 4 – 2017 – résine, canevas chinés, gravure manuelle, sur bois. 62×49 cm.

L’image ne lui appartient pas, il la glane sur internet et met en place une collection ou une banque de données, où vont s’archiver différents motifs : architectures diverses, nature et paysages, gestes picturaux, gestes techniques, figures grotesques ou pas… la liste paraît ne pas avoir de limite tant l’usage qu’il en fait dépasse les catégories. Il manipule, compile, et agence à sa convenance, tel le rêveur éveillé de Freud, les fragments d’un monde numérisé. Le spectateur est alors confronté à des scénettes incroyablement cohérentes – au regard de leur processus d’élaboration – dans lesquelles vont se croiser humour, poésie, politique, histoire de l’art, histoire personnelle ou collective… On reconnaît sans identifier, le trouble de l’étrangeté s’installe, les titres orientent sans pour autant signifier : l’œuvre est ouverte à l’interprétation et à l’appropriation de celui qui la regarde.

Éclaboussure 5 - 2016 - résine, canevas chinés, gravure manuelle, sur bois. 135x95cm.

Éclaboussure 5 – 2016 – résine, canevas chinés, gravure manuelle, sur bois. 135x95cm.

Côté matière, Clarence Guéna est peintre et son rapport au matériau a autant à voir avec la peinture en bâtiment qu’avec celle de chevalet. Le support, des châssis en bois, nous renvoie à l’époque où la peinture quitte les murs pour devenir un objet à part entière, où la fresque devient un tableau autonome. Les formats restent à l’échelle du corps, des mains, des yeux. Cette humilité de surface n’est pas qu’une prise de position vis-à-vis du spectaculaire, elle est aussi stratégique : le spectateur est obligé de s’approcher du tableau pour le voir. Sur ses châssis, Clarence Guéna superpose de multiples couches d’enduis teintés jusqu’à l’ultime nappage de résine, celui qui conduit à un monochrome onctueux d’une couleur blanche légèrement cassée. Certains châssis avant de recevoir leur lot de résine se voient au préalable recouvert de canevas chinés par l’artiste : ceux reprenant des tableaux appartenant à l’histoire de l’art ont sa préférence. Au final, quel que soit le support, l’artiste recouvre et se retrouve face à un monochrome. On peut voir dans ce geste radical un héritage des multiples débats sur la mort de la peinture, mais ici il s’agit davantage d’effacer pour mieux révéler.

C’est alors que l’image vient à la rencontre de la matière : elle s’y retrouve gravée manuellement ou par le biais d’une découpeuse numérique révélant ainsi le travail de stratification préalablement réalisé. Les couleurs se révèlent aléatoirement en fonction de la profondeur du la gravure, le châssis en bois se troue parfois révélant le mur derrière lui, les canevas réapparaissent par fragments sous la forme de coups de pinceaux, dripping ou coulures. Il a un peu d’Indiana Jones dans ce traitement particulier, comme si l’artiste se transformait en archéologue inventif fouillant humblement les différentes states du sol pour en extraire son histoire et en inventant par là-même une nouvelle. Et comme Indiana Jones, Clarence Guéna aime à brouiller les pistes et renverse son processus : les dessins sont comme le négatif des tableaux, l’image, réalisée au drawing gum, vient ici en premier et se retrouve recouverte de peinture jusqu’à disparaître avant de se révéler au final par le blanc du papier. « La forme c’est du contenu sédimenté »… La phrase de Theodor W. Adorno résonne particulièrement quand on pense à ce travail car ici chaque geste, chaque choix, chaque motif ou mobile est porteur de sens et d’histoire. Avec un respect infini pour ce qu’il manipule et une posture apparemment distanciée, Clarence Guéna conquiert totalement le territoire du tableau en nous donnant à voir des œuvres à la polysémie inépuisable.

 Emmanuelle Villard, mars 2017

Les mains de l'assureur - 2016 - acrylique sur papier. 42x34cm.

Les mains de l’assureur – 2016 – acrylique sur papier. 42x34cm.

www.clarenceguena.com

 

Matthieu PILAUD

« Heaume »

Exposition du mardi 18 avril au samedi 13 mai 2017

Vernissage Mardi 18 avril 2017 de 18h à 21h

Heaume 3 - Copie

Matthieu Pilaud s’engage dans des projets où s’entrecroisent données mathématiques, géomorphologiques et topographiques. Plongées dans la mémoire des lieux, ses œuvres majoritairement sculpturales et in situ entrent en dialogue avec l’histoire locale, s’articulant en fonction d’un système de formes et de structures dont la matérialité réactive certaines visées universelles de l’art moderne.
Plutôt épurées, minimales, à l’échelle humaine et éphémères, les sculptures de Pilaud s’inscrivent dans la répétition des formes générée par la sérialité que permettent l’industrialisation et l’ingénierie, mais aussi par des techniques plus anciennes. Souvent effectuées à partir de matériaux de construction solides, comme le bois, le métal et le plâtre, celles réalisées ici reposent, à l’inverse, sur l’usage d’une matière plus modeste et pliable, l’isorel. Sans l’intervention de la découpe à la machine et la répétition du geste engendrée par l’intermédiaire d’une mécanique lourde, Pilaud opte plutôt pour y disséquer la matière manuellement et plus modestement. Comme l’oscillation entre les contraires et leur enchevêtrement fait partie des caractéristiques intrinsèques de sa pratique, le fait main, repéré également dans l’application de pigment noir sur la surface des sculptures, est couplé à l’assemblage des pièces au faufilage, une technique de couture provisoire exécutée à la machine.

Matthieu Pilaud - Heaume 1

Matthieu Pilaud – Heaume 1

Disposées tant au sol qu’au mur, les structures générées par la rigidité des calculs procurent pourtant un caractère organique à l’œuvre, nouant des liens avec la nature et la culture. Alors que les projets antérieurs et in situ de l’artiste s’inspirent pour la plupart de l’environnement naturel et bâti des lieux occupés – passant de l’architecture religieuse, totalitaire et industrielle à l’urbanisme – Santa Maria Assunta #2 entre en dialogue avec la cathédrale de Sienne en Italie, dont la particularité architecturale repose notamment sur son espace intérieur ornementé de larges bandes horizontales noires et blanches. Constitués eux aussi de lignes, les éléments angulaires de la série Santa Maria Assunta #2 s’apparentent aisément à des structures futuristes ou encore à des artefacts ethnographiques de provenance inconnue.
À l’instar de ces aspirations modernes intéressées à la contraction du monde en une logique applicable universellement, cette série d’œuvres participe au développement d’un langage systémique qui permet à l’artiste de proposer lui aussi une synthèse de l’expérience du monde, mais consciente de ses propres limitations. Cette ouverture sur l’extérieur affirme les limitations de la logique interne de ses œuvres, comme si elles incarnaient des fragments de l’incommensurabilité de l’univers et nécessitaient paradoxalement l’extérieur pour exister. Sans chercher à être autonomes et à se replier sur elles-mêmes, ses pièces sont intrinsèquement dépendantes du dehors.
Dans un esprit de progression et de continuité avec elle-même, la pratique de Pilaud s’érige sur les explorations et découvertes de ses projets antérieurs, mais aussi dans la filiation de l’histoire de la sculpture moderne. Or, il serait erroné de s’arrêter ici. Ses projets baignent également dans l’hétérogénéité de la sculpture contemporaine, dans ce que l’historienne de l’art Rosalind Krauss entend par le “champ étendu de la sculpture”1. Les œuvres de cette exposition en sont un bel exemple. Déployées à coup d’exploration de la matière, elles marquent un nouveau tournant dans la pratique de l’artiste avec l’intégration “étrangère” de pigments pourtant propres au médium pictural. Cela laisse donc présager que cette orientation nouvelle, ou encore “contamination” par la peinture, guidera fort probablement l’élaboration de ses projets à venir qu’ils se déploient en galerie ou avec prestance quelque part dans le paysage.
Julie Alary Lavallée

Matthieu Pilaud - Heaume 2017

Matthieu Pilaud – Heaume 2017

http://matthieupilaud.com/index.html