Laure JULLIEN

« Crépuscule embaumé »

Exposition du 24 septembre au 19 octobre 2019

Vernissage mardi 24 septembre 18H / 21H

Retables (série de 10) 2019 – Photographie à 360° imprimée sur baryT, médium noir

Du Bateau Ivre, Laure Jullien a tiré le titre de sa dernière oeuvre, une vidéo immersive pour dispositif VR, « Crépuscule embaumé », mais aussi, à travers quelques vers choisis, la trame du drame chromo-lumineux dans lequel elle plonge le corps du spectateur. S’il faut jouer à trouver ce qui unit le Bateau Ivre du Crépuscule Embaumé, le premier rapprochement qui me vient à l’esprit est ce qu’écrit Yves Bonnefoy sur le sujet.

Retables (série de 10) 2019 – Photographie à 360° imprimée sur baryT, médium noir

De ce poème en particulier, et de la poésie de Rimbaud en général, Yves Bonnefoy écrit qu’il s’agit d’une « victoire de lucidité sur un premier élan d’espoir ». Au premier épanchement lyrique de Rimbaud dans le Bateau Ivre, suivrait donc une révélation, celle d’une autre vérité, ou tout le moins, d’une réalité autre (…)

Extrait CREPUSCULE EMBAUME, Pierre-Jacques Prenait, Edition AREA

Retables (série de 10) 2019 – photographie à 360° imprimée sur baryT, médium noir

www.laurejullien.fr

Nicolas GIRAUD LOGE

« Ici-bas »

Exposition du 4 au 30 juin 2019

Vernissage mardi 4 juin 2019 de 18h à 21h

Vertes Tiges (2018) Chataîgnier, chêne, acier 3 x 2 x 1,5m

Les sculptures de Nicolas Giraud-Loge sont paradoxa­les en ce qu’elles sont tout aussi dessins dans l’espace que volumes, à la fois lignes et matières, et encouragent à passer outre le Noli me tangere, l’interdiction institution­nelle faite au spectateur de toucher les œuvres. Elles sont réalisées en acier, aluminium, bois naturel, contre-plaqué, carton, élastomère, basalte, résine, PVC, vinyle, fil de po­lyuréthane, film polyéthylène, mousse, auxquels se mêlent des objets de récupération divers ou des éléments indus­triels détournés de leur usage, comme des pièces en grès sanitaire ou des Vaubans, ces barrières métalliques servant à contenir la foule lors de manifestations..

Le Gour (2013) PVC, acier 30 x 90 x 80cm

Ses structures mixtes sont souvent complexes, parfois rhizomiques ou fractales (elles évoquent souvent des pro­cessus de croissance naturels) mais restent toujours très graphiques, même lorsqu’il s’agit de volumes pleins. Le spectateur joue un rôle clé dans la démarche de Nicolas Giraud-Loge, chaque pièce étant conçue en fonction de la présence d’un observateur – invité aussi à toucher ou palper l’oeuvre – dans l’espace qu’elle occupe. 

Après des études d’anthropologie et de sociologie puis un détour par le cinéma d’animation de Meral et Cemal Erez, il rentre aux Beaux-Arts de Paris en 2001 : au contact de Vin­cent Barré, d’Erik Dietman, de Richard Deacon (et de bien d’autres), il se tourne là vers une pratique de la sculpture pensée comme une fabrication capable de poésie. Attaché à la manipulation des matériaux dans leur grande diversité, artificiels ou naturels, il joue de la limite entre production standardisée et construction artisanale, entre l’emploi (ou le réemploi) d’éléments manufacturés et la réalisa­tion d’un objet unique, presque fétichisé.

Réalitées Augmentées (2017) polyuréthane, cerisier, acier 20 x 20 x 30cm

Depuis 2005, Nicolas Giraud-Loge a participé à plu­sieurs programmes de résidence et d’exposition en France ou à l’étranger (Inde, Grande-Bretagne, Chine). 

Parallèlement, il collabore depuis 2016 avec un labo­ratoire de l’Institut National de Recherches Agronomi­ques (INRA) à la création d’un modèle réduit pédago­gique (MYMYX) dans le cadre d’une recherche sur les opportunités agroécologiques liées au phénomène de mycorhization des plantes.

Dans le cadre du collectif des Fondeurs de Roue; il sera en résidence au relais culturel 2 Angles (Flers) à l’automne 2019.

Louis Doucet

www.giraud-loge.com

Chloé JARRY

« Collimateur excentré »

Exposition du 7 mai au 1 juin 2019 Vernissage mardi 7 mai de 18h à 21h

Collimateur excentré, 2019 – Azuléjos : peinture 3ème feu

Se lever, enserrer la poignée de porte, et ressentir un trouble : sa forme est quelque peu modifiée. Ce léger changement donne alors à cet objet de notre quotidien une nouvelle valeur, nous l’observons dans toute l’étrangeté de sa normalité et le considérons avec attention. Le travail de Chloé Jarry agit selon ces mêmes modalités. Elle sculpte, ou dessine, des éléments qui nous entourent en en modifiant la matière. Ses céramiques réinterprètent des objets manufacturés et rarement valorisés : amas d’ampoules, carrelages typiques des habitations bon marché des années 70, ferronneries, etc. Elle ne sculpte pas un catalogue archétypal de notre espace domestique ; elle donne au contraire une individualité à chacune de ses pièces, sérielles comme uniques. Ses installations s’apparentent à des souvenirs, à des répliques singulières et des reliques désacralisées. 

Modulation de surface I, 2016 – Grès noir, colsons
Paysage en déclinaison, L’Escaut Architecture
Avec le soutien de la Direction des Affaires Culturelles des Pays de la Loire
Antipareidolie – 2017 – Papier, aquarelle
Ma quête au pied du mur, Collectif BLAST, Angers / Résidence L’H du Siège

Ce sentiment de bouleversement doux et implacable est rendu possible par l’engagement physique de l’artiste. Chloé Jarry renoue avec l’historique et étroite relation entre artistes et artisans, c’est en tant que technicienne aguerrie qu’elle agit. Cette technicité sou-tend une très forte proximité de l’artiste avec la matière de ses œuvres. Elle modèle chacune de ses productions à la main, même dans le cas d’effet deseuil(2017), pièce composée de 1436 tomettes en grès mêlés. Certaines créations conservent littéralement son empreinte (M’amarrer, 2017). L’investissement physique de Chloé Jarry se retrouve également dans le format de ses aquarelles, celles-ci pouvant dépasser les deux mètres. Cette tâche minutieuse et monumentale confère à ces dessins un aspect architectural : les initiaux motifs de carrelage deviennent lés de tapisserie (Antiparéidolie, 2017). Tout le corps de l’artiste s’implique dans sa création ; pour appréhender l’humidité d’une terre cuite, Chloé Jarry approche ses lèvres, surface cutanée beaucoup plus sensible que le bout de nos doigts. Dans le cadre de son travail sur les motifs des azulejos, elle déambule dans les rues lisboètes, ses pieds guident son appareil photographique. Elle redessine ensuite ses prises de vue afin de réaliser sa sélection, le geste de sa main détermine l’œuvre future.

Effet de seuil – 2017 – Grès mêlés
Effet de seuil, Centre d’art Bastille, Grenoble / Résidence Moly Sabata
M’amarer – 2017 – Grès noir
Effet de seuil, Centre d’art Bastille, Grenoble / Résidence Moly Sabata

Chloé Jarry ne se présente pas comme démiurge de son univers, au contraire elle travaille en collaboration avec terres et émaux laissant libre cours à leur plasticité intrinsèque. La barbe des radiateurs en biscuit de faïence est conservée (calorifère,2016). L’accident fait aussi pleinement partie de son travail, avec humilité Chloé Jarry expérimente et répète une opération si nécessaire. 

Calorifère – 2016 – Biscuit de faÏence
Carte blanche, Edmond multiples/éditions, Galerie Artconnexion, Lille

La relation de Chloé Jarry au quotidien -thème central de ses productions- ne correspond pas à une engourdissante monotonie, elle veille à renouveler sa perception et celle des publics. Ses expositions sont pensées en dialogue avec l’espace de monstration. Notre regard est amené à sans cesse se réajuster, nous faire baisser ou au contraire lever les yeux au plafond. Le collimateur est cet instrument d’optique permettant la réalisation de pointages précis. Plutôt que de se focaliser sur ce qui nous semble central, Chloé Jarry nous invite avec générosité à dévier notre point de vue, à considérer l’espace qui nous entoure avec une nouvelle délicatesse et découvrir, pourquoi pas, que la marge s’avère riche et féconde.

Léa Cotart-Blanco

www.chloejarry.com

Carte blanche à Aurélie BARNIER

Florence LATTRAYE, Marie-Camille ORLANDO, Floriane PILON

« Souffler n’est pas jouer »

Commissariat Aurélie BARNIER, invitée par la Galerie du Haut-Pavé

Exposition du 9 au 21 avril 2019

Vernissage mardi 9 avril de 18h à 21h

Florence Lattraye, Black Mirrors-Renunciation Process – 2017- 26×36 cm chacun sauf 45×38 cm pour l’obsidienne, verre, métal oxydé, bois et tranche de bloc obsidienne œil céleste.

Souffler n’est pas jouer : règle obsolète du jeu de Dames qui s’applique au joueur se refusant à gagner une pièce pour éventuellement en protéger une autre, ou ritournelle équivalente à celle de Bartleby sous la plume de Melville : I would prefer not to.
Par ce titre, l’exposition réunissant des œuvres de Florence Lattraye, Marie-Camille Orlando et Floriane Pilon, en appelle tant aux joies ludiques de l’enfance qu’à celles de la musique – on joue une partie ou une partition – et invite à redéfinir le jeu et ses enjeux : plus que la victoire, c’est la beauté du geste qui est ici visée, le hasard plus que la nécessité et surtout, le goût du risque dans lequel se déploie in fine l’amusement, la satisfaction de celui qui joue et de celui qui le regarde ou l’écoute, chacun étant libre de se jouer de l’autre !

Balance ton quoi MC Orlando

Marie-Camille Orlando, Balance ton quoi ! 2018 crayon, acrylique, aquarelle, 140×182 cm

La palissade de F. Lattraye, de prime abord robuste et soudain soufflée comme fétu de paille par un léger mouvement, est un jeu de dupe. La jeune fille sur la balançoire de M.-C. Orlando, hommage à celles des Renoir, père et fils, apparaît puis disparaît, au rythme de la poussée, du dernier souffle de la société d’avant-guerre et du passage des visiteurs devant le dispositif de projection. L’affirmation de la possibilité de l’échec, à court ou long terme, est en effet essentielle aux pratiques de ces trois artistes, chacune, selon ses procédés et ses intentions, acceptant la distorsion, l’altération, voire la dissolution de ses pièces dans l’espace et dans le temps. Ainsi en est-il des rouleaux de sisal passés sur l’estran d’une plage par F. Pilon – rejouant à la fois le motif du drap de bain, le geste de l’enfant apprenti marcheur s’aidant d’un jouet, et les ondulations des vagues et du vent sur le sable – qui ont été déformés par la corrosion du sel marin. Car le caractère déceptif est bel et bien inhérent à toute mise en jeu ! L’on voudrait bien se saisir d’un bilboquet de F. Lattraye ou d’une corde du luth de F. Pilon, mais on ne le peut pas puisque leur fonctionnalité n’est qu’illusion ! Admettre le manque, la défaite, accepter de s’être fait avoir fait aussi partie du jeu.

Florence Lattraye – L’impossible jeu – 2014 – détail, bois, terre et fibre végétale, dimensions variables

Image Invitation expo Souffler n'est pas jouer_Vertical

Floriane Pilon- détail de l’installation Luth 1 – 2013 – métal, hêtre, ruban de satin et béton fibré, 180×400 cm

À travers les œuvres rassemblées, l’exposition entend explorer le souffle dans le jeu, le jeu dans le souffle. Le souffle comme déplacement d’air (impulsé volontairement par le sportif ou inopinément par le mouvement du visiteur dans la galerie) et le souffle comme vibration plus ou moins sonore (de cordes musicales ou vocales, de clochettes en porcelaine) qui emplie potentiellement l’espace, de l’architecture et du corps.

Les artistes jouent avec ces flux en se jouant aussi de la gravité, au sens scientifique comme à celui, imagé, qui décrirait l’adulte regardant l’enfant joueur, celui qu’il a été et cet autre qui surgit au coin d’une rue, d’un parc ou d’un stade, dans sa splendeur et son impétuosité !

Marie-Camille Orlando- Au mur, étude 2 - 2019 - crayon, acrylique, aquarelle et rotring, 37x24 cm

Marie-Camille Orlando- Au mur, étude 2 – 2019 –
crayon, acrylique, aquarelle et rotring, 37×24 cm

Souffler, est-ce jouer ? Emettre un son, même ténu ou graver un programme de composition sur papier, est-ce déjà produire une musique ? Jouer, est-ce souffler plutôt que s’essouffler, reprendre son souffle, faire un pas de côté, se placer à l’écart de la folle course du monde ? Souffler et jouer reviendraient alors, paradoxalement, au choix d’une forme de lenteur eu égard à l’injonction au progrès permanent. Et le jeu pourrait se concevoir comme résistance à la performance.

Le jeu fait aussi écho au jereflété dans le miroir, sur lequel on se prend, se surprend, tel le jeune enfant, à souffler pour faire apparaître la trace de sa respiration : buée qui subrepticement se dissout comme elle s’était dessinée, marquant la présence d’un être vivant et se jouant de cette capacité à signifier autant qu’à effacer.

La respiration, tranquille ou haletante, du joueur, sportif, performeur ou musicien, est fonction de l’exercice d’adresse. Elle évolue au gré du plaisir et de l’intensité de l’action : le souffle est court, coupé, calme ou languissant.

La concentration toute intérieure et la solitude du joueur sont déjouées par l’invitation, réelle ou poétique, à une pratique collective : la performance chez F. Lattraye, l’échelle monumentale chez F. Pilon et la possible projection de son propre corps en action dans les pièces de M.-C. Orlando.

Ligner-Floriane-Pilon

Floriane Pilon – Ligner – 2018 – modélisation 3D et impression sur bois, 19x11cm.

Jouer, c’est créer une tension, aux sens propre et figuré. C’est tester d’une part la résistance des cordes d’un instrument, d’une raquette, d’un trampoline, d’une balançoire ou de ficelles de bilboquets, mais aussi des muscles et des espaces eux-mêmes mis en tension par les installations qui s’y insèrent et les transforment à la fois ; et d’autre part éprouver la résistance de l’adversaire ou du public. Tout est question de résonance.

Et donc de vide, que vient hanter la respiration et qui laisse le temps, la liberté de reprendre son souffle, de poursuivre le jeu ou d’abandonner, de rejouer l’allégresse de l’enfance, tendresse et dérision mêlées.

Le souvenir se glisse ainsi au cœur des œuvres, convoquant tour à tour la mémoire des corps, des membres, des doigts, de la voix. Et le souffle, s’adaptant à l’état physique et psychique de l’individu et parfois du collectif, peut être perçu comme la trace, matérialisée ou non, voire l’enregistrement, des exploits, des limites et des émotions du joueur.

Aurélie Barnier

Commissaire de l’exposition

Florence Lattraye est née en 1988. Diplômée de La Villa Arson à Nice en 2015 (DNSEP), elle vit et travaille à Nancy.

florencelattraye.wordpress.com

Marie-Camille Orlando est née en 1977. Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2004 (DNSEP), elle vit et travaille à Paris. mariecamilleorlando.tumblr.com

Floriane Pilon est née en 1991. Diplômée de l’ENSA de Paris-Cergy en 2014 (DNSEP), elle vit et travaille à Paris.

florianepilon.fr