Galerie du Haut-Pavé hors les murs

Quel est le haut, quel est le bas ? Charlotte Jankowski

Vernissage jeudi 2 mars de 18h30 à 21h, en présence de l’artiste à l’Ensemble scolaire Notre Dame des Missions, 4 rue du Président Kennedy, 94220 Charenton-le-Pont

 

Le feu a son mot a dire, modelage de grès, engobes et émaux petit feu - 2016

Le feu a son mot a dire, modelage de grès, engobes et émaux petit feu – 2016

La galerie du Haut Pavé s’allie à Notre Dame des Missions pour et par les jeunes, pour et par les artistes. La première exposition « Quel est le Haut quel est le bas ? » est l’œuvre de Charlotte Jankowski. Cette jeune artiste, exposée plusieurs fois en France, donne à voir des céramiques qui défient notre sens de la gravité. D’une poésie à la fois lunaire et tellurique, le feu allié à l’artiste sculpte des sphères, des formes, qui jalonnent l’imaginaire de leur spectateur hypnotisé.

Marion Delage de Luget présente

« Ces lieux qui nous gouvernent »

avec ALON (ALexandrine leclère et julie fruchON), Clément BORRE, Maxime DUVEAU, Jérémy LACOMBE, Anne de NANTEUIL, France VALLICCIONI

Exposition du 21 février au 4 mars 2017

Vernissage mardi 21 février de 18h à 21h

ALON - Amulettes II - juin 2016, actif culinaire lors de l'expo

ALON – Amulettes II – juin 2016, action culinaire lors de l’exposition

 

Clément Borre - sans titre 2 - 2016 - techniques mixtes - 52 X 62 cm

Clément Borre – sans titre 2 – 2016 – techniques mixtes – 52 X 62 cm

 

Maxime_Duveau-Sunset Bvd Roxy Theatre- 2015-fusain sur papier-50x65 cm

Maxime Duveau – Sunset Bvd Roxy Théâtre – 2015 – fusain sur papier – 50×65 cm

 

Jérémy Lacombe - Côtelettes chauffantes - 2017 - mousse jaune - 68 X 49 X 28 cm

Jérémy Lacombe – Côtelettes chauffantes – 2017 – mousse jaune – 68 X 49 X 28 cm

 

Anne de Nanteuil - état stationnaire 1 et 2 - 2016 - collage et matériaux divers sur stratifié - 36 X 38 cm chacun

Anne de Nanteuil – Etat stationnaire 1 et 2 – 2016 – collage et matériaux divers sur stratifié – 36 X 38 cm chacun

 

France Valliccioni - Deux écoles s’affrontent - 2013 - Montage photographique, technique et dimensions variables

France Valliccioni – Deux écoles s’affrontent – 2013 – Montage photographique, technique et dimensions variables

Ces lieux qui nous gouvernent, une proposition de Marion Delage de Luget

« Une certitude est acquise : le monde n’est pas neutre. »[i] C’est ce que s’applique à démontrer Roger Caillois dans La dissymétrie, que l’espace est fondamentalement anisotrope – chargé des conventions par lesquelles l’Homme organise son univers symbolique, il présente des caractéristiques différentes selon son orientation. Ainsi haut et bas, avant et arrière, droite et gauche ne sont pas des notions équivalentes qui se feraient simplement contrepoids, s’équilibrant de part et d’autre d’un axe de symétrie comme on l’attend d’ordinaire de contraires ; parce que ces antonymes ne se contentent pas de désigner des couples de positions opposées, ils les lestent de tout un système de valeurs que révèlent leurs combinatoires.

Le simple fait que la pesanteur oblige à la chute explique certainement ce haut, idéal, tout en légèreté, esprit et réussite, reléguant en bas la lourdeur, la déchéance, la souillure. Quant à avant/arrière, c’est l’avenir et le passé, par extension précocité ou progrès contre retard et régression. Gauche et droite enfin, et Caillois résume : « Tout ce qui est droit est faste, tout ce qui est gauche est maudit. »[ii] Soumis à la gravité, orienté de face, avantagé à droite : cet espace symbolique constitue une projection du sujet humain. D’où l’acceptation coutumière – autant dire machinale – de la distribution, malgré son arbitraire. Car voilà, tout se passe d’ordinaire comme s’il existait de bonnes, d’importantes raisons de privilégier ainsi le haut de préférence au bas, la droite par rapport à la gauche, l’avant au détriment de l’envers. Cette répartition est si bien établie qu’elle se rend invisible. Difficile, de fait, ne serait-ce que d’envisager d’y déroger.

On sait, dans le champ de l’art, la force de cette habitude – d’ailleurs encore récemment entérinée par la Gestalt lorsqu’elle donnait cette définition de l’espace perceptif, renvoyant en miroir au spectateur sa propre organisation. On ne connaît que trop cette doxa forte d’analogies évidentes qui tend à réserver au haut, à la droite, au devant les emplois gratifiants. Alors, contre l’ankylose, repartir à rebours. Au lieu d’adopter implicitement ces oppositions binaires – donc de plier, de façon tacite, aux discours que les usages ont accumulés en elles –, revenir sur ce qui fonde les significations et représentations dominantes associées à ces polarités, pour déjouer les impératifs d’ordre, de hiérarchie, de composition, de pensée, auxquels elles assujettissent.

[i] Roger Caillois, La dissymétrie, Paris, Gallimard, 1973, p. 72.
[ii] Ibid., p. 68.

Charlotte JANKOWSKI
Exposition du mardi 5 janvier  au samedi 4 février 2017

Vernissage jeudi 5 janvier 2017 de 18h à 21h

Mais alors dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? , Galerie Simple, Paris, 2015

Mais alors dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? , Galerie Simple, Paris, 2015

Une sphère – une infinité de faces. Une vue d’ensemble – unité de points. Un vertige de rayons partant d’un coeur.
C’est ce que l’on perçoit dans le travail de  Charlotte Jankowski : densité de la vision par touches. Touches subtiles et légers aplats de couleur recouvrant, rejoignant la masse, pour contribuer à lui donner forme. De même, des radiations colorées émanent des profondeurs d’un objet élémentaire pour se retrouver en nous, au dedans de nous, comme un point de repère.
La couleur, fondue dans la masse, par trait d’union, rappelle l’affinité essentielle du volume courbes et de la lumière – la couleur se love dans l’argile comme dans un berceau familier.
Puis – résonance de lignes invisibles s’échappant  d’une rondeur immatérielle.
Lieu central, la sculpture, touchant à la sphère, définit d’emblée autour d’elle un espace – vertical, horizontal.  
Elle irradie et aimante.
Elle suppose un centre, mais sans autorité, et avec la tendresse et la légèreté d’une proposition : renouer avec l’espace intérieur et extérieur par la grâce d’un certain point, fait de terre et d’émail. Quelques mots aussi posés à même le silence, en guise de ponctuation. L’écho – en nous, malgré nous – de notre capacité à voir, à lire, à déceler un sens qui sillonne l’esprit comme un bruit mystérieux et tenace.
Cette brillance particulière de l’émail – comme une fine couche lumineuse, indique une vie propre dont nous sommes les spectateurs fragiles.
Des reflets, des accents, des lignes – montrent une direction vers autre chose que nous et qui est, aussi, nous, d’une certaine manière – aperçus dans un prisme, dans l’opacité de la lumière qui retient ses forces, ou dans les couleurs éclatantes d’une puissante harmonie.
De quel lieu ces objets viennent-ils ? De quelle météorite ? De quel espace où l’harmonie se connaît d’emblée sans effort ?  
Nous aimerions prendre dans nos mains un de ces objets pour qu’il se raconte – et nous raconte nos origines célestes. Fusion ou effusion de sens, ici, c’est une expérience irréductiblement première – pour retrouver en nous-mêmes l’évidence et l’instinct des formes simples.

Eugènie Paultre, novembre 2016

Le feu a son mot à dire, modelage de grès, engobes et émaux petit feu, 2016

Le feu a son mot à dire, modelage de grès, engobes et émaux petit feu, 2016

Par la force des choses , Espace Canopy, Paris, 2015 photo vue zoom (de l’installation exposition par la force des choses)

Par la force des choses , Espace Canopy, Paris, 2015 photo vue zoom (de l’installation exposition par la force des choses)

www.charlottejankowski.com

 

Marine Class
Exposition du mardi 8 novembre au samedi 13 décembre 2016

Vernissage mardi 8 novembre de 18h à 21h

Montagnes, multiples 7 exemplaires, 2015

Comme une boite de Pandore, Marine Class déploie sa malle quai de Montebello, dans la galerie du Haut Pavé où elle aménage son studiolo, nous invitant à y papillonner comme dans un jardin où éclosent des folies à l’esthétique séduisante.

De la pierre au papier, les rêves de l’artiste se déclinent sur de nombreux supports résultant de protocoles aux ingrédients variés. Et, par effet de miroir, ces compositions chimériques d’un nouveau genre nous permettent d’y trouver la traduction de nos propres songes.

Grotte, Cupule, Pareïdolie et autres Lichen… sont autant de titres invitant à la contemplation. Mais en amont se dissimule un modus operandi composite, issu d’un abécédaire teinté de poésie aux multiples facettes : du dessin technique à la recette de cuisine, en passant par la botanique, l’archéologie ou encore le bâtiment… Objets et motifs flirtent et prennent corps au sein d’une manufacture dont Marine est l’unique ouvrière. Intervenant à chaque strate de fabrication, elle frictionne les opportunités offertes par un contexte à chaque fois renouvelé

En parallèle, sa palette ne semble admettre ni frontière, ni trajectoire prédéfinie, laissant chaque coloris prendre la place qui lui revient, en écho aux propriétés qui lui sont propres.

Malle de voyage, 2016

C’est bien la nature qui offre le terreau propice aux œuvres de Marine Class. Au pas de sa porte ou dans des contrées plus lointaines, elle explore des territoires, convoquant leurs histoires, souvent encodées par frottement avec les activités humaines qui les accompagnent. Elle échafaude et glane des traces et des vestiges, qu’ils soient telluriens, sous marins, voire aériens. Ils sont destinés à être, tour à tour transformés, détaillés ou fantasmés. Ainsi, la frontière entre présentation et représentation est toujours poreuse.

Cette pratique singulière, réconcilie les genres et titille les rapports dichotomiques : macro et micro, infra et méta, intérieur et extérieur.

Dévoiler et orchestrer ces éléments dans un nouvel environnement requiert une importance particulière, car c’est le moment où les œuvres voient leurs potentiels narratifs glisser de l’intime vers l’ailleurs.

Se dessine pour l’artiste un nouveau prétexte propice à perturber les échelles, étirant ou condensant, à sa guise, les objets et les points de vue. Une mise en scène que Marine brode en suivant le fil d’or d’une scénographie emprunte d’humilité.

L’exposition tourne alors ses pages et transforme le lieu en un roman à système où les récits se construisent, mélodiques ou asynchrones, à la fois électrons libres et legati d’une histoire plus vaste.

En quittant la galerie, on pense au carrousel, aux notes de Déodat de Séverac… On imagine que cet ensemble haut en couleurs puisse s’animer, comme une boite à musique…

Hélène Cheguillaume, Octobre 2016

marineclass.ultra-book.com

 caillou3

Pierre de reves 2015

 

marbré Marine 6 petit format vectorisé

motif rocher

 

LUCAS RUIZ

Lucas RUIZ

« Sur l’idée qu’il faut vivre »

Exposition du 20 septembre au 15 octobre 2016

Vernissage mardi 20 septembre 2016 de 18h à 21h

 

Les Serments - Terre cuite émaillée- 2014

Les Serments – Terre cuite émaillée- 2014

Sur l’idée qu’il faut vivre (reprise du titre de l’une des œuvres présentées) est la première exposition personnelle de Lucas Ruiz dont on a déjà eu l’occasion de découvrir une partie du travail, principalement des dessins, à l’occasion d’expositions de groupe organisées ces dernières années par la galerie DDC, à Paris, et par la galerie Maison d’art, à Osaka. Elle propose une mise en perspective de différentes séries d’œuvres : peintures, sculptures et monotypes réalisés entre 2013 et 2016 (dont la très grande majorité est présentée pour la première fois).

LE CONTRAIRE D'UNE FIN BRUTALE - 2016 -45X50CM-ENCRE SUR PAPIER

LE CONTRAIRE D’UNE FIN BRUTALE – 2016 -45X50CM-ENCRE SUR PAPIER

Le travail de l’artiste a ce caractère que l’on rencontre souvent chez ceux qui ont surtout appris en dehors des ateliers et des académismes. Nulle préoccupation de se situer dans un champ répertorié de l’art, pas plus d’entourer ses réalisations de quelque « statement » que ce soit. C’est un état de nécessité qui guide et tient l’OEuvre (de fait, cela seulement qui produit tout art consistant).

AVENANT AVENIR - Terre cuite émaillée - 2014 - 34X25X15cm

AVENANT AVENIR – Terre cuite émaillée – 2014 – 34X25X15cm

Lucas Ruiz fait partie de ces artistes dont le savoir-faire technique leur permet de passer, avec un égal talent, du figuratif à l’abstrait (ou de se situer dans ces zones si inspirantes de partage). Lignes, couleurs, valeurs du noir et du blanc, sens des volumes, compositions et détails procèdent d’une spontanéité première que condensent et dirigent une exigence de rigueur et d’intelligence d’ensemble.

LES CHOSES ET LA PIERRE - 2015

LES CHOSES ET LA PIERRE – 2015

L’artiste tire profit de nombreuses propriétés des matériaux qu’il emploie. L’encre d’imprimerie lui permet de jouer sur la brillance du gras, ses qualités d’empâtement, sa rugosité ou sa large gamme de dilution. La puissance de l’acrylique renforce le recours aux couleurs primaires, condensées dans un synthétisme en quête d’un ordre géométrique que vient radicalement déstabiliser l’expressionisme d’un geste triomphant, qui est celui de la vie. La terre cuite offre à Lucas Ruiz une prise plus directe encore sur le réel : il en utilise toute la malléabilité pour proposer des combinaisons hétérogènes à l’esthétique inclassable, où l’on a raison aussi bien de reconnaître que de ressentir.

Un regard rétrospectif sur l’ensemble de son Œuvre comme sur cette présentation à la Galerie du Haut Pavé témoigne d’une profonde cohérence. La circulation est celle d’un processus de mutation et de reformulation. Se contenter de parler d’abstraction, ce serait passer à côté d’un cheminement de l’artiste intimement lié au figuratif et au réel, c’est-à-dire à l’existence matérielle et psychique : point de départ et point de mire de l’ensemble des œuvres. Il faut être attentif à ces restes (et tout à la fois renaissances) de volumes musculeux, de constructions, de formes animales, de spectres lumineux, de concrétions minérales, de floraisons, de morceaux d’objets, de montagnes, de ciels d’intempéries, etc.

RAVAGES RITUELS ET BRICOLAGES - 2014

RAVAGES RITUELS ET BRICOLAGES – 2014

Le choix des œuvres et l’accrochage ont été dictés par un réseau de correspondances formelles, qui, d’une œuvre à l’autre, restituent l’écriture d’un artiste profondément littéraire. Cette écriture est à comprendre en tant que recherche d’un langage générateur, outil de déconstruction, d’appropriation et de reformulation. D’où une idée de mécanismes mis à nu. Pour l’artiste, il y a dans le monde quelque chose d’une machinerie qui se réinvente sans cesse. Il détecte dans le vivant un instinct de sur-vie qui exerce sur lui une fascination ambigüe. Les noirs denses de la céramique (série Serments) en exhibent l’exaltation, le délire et la violence. Une tension constante, à travers toutes les œuvres, confronte l’intense dynamisme du vivant à la menace de l’entropie. Ce climat de «ruines», marqué de doutes et de souffrances mais aussi de couleurs originelles et d’une infinité de lignes et de nappes de résistance. La vie reprend toujours le dessus. Dans tout le travail de l’artiste, quelles que soient les forces contraires qui le travaillent, une vibration charnelle affirme un vitalisme victorieux.

Sur l’idée qu’il faut vivre a quelque chose d’un manifeste. L’exposition parle du cheminement sans concession de celui qui souhaite se donner les moyens d’être au monde – non pas décidé par les structures d’autorité qui se généralisent et façonnent jusqu’au plus intime des existences, mais libre. C’est une rébellion discrète de cet ordre, aussi souvent grave que teintée d’humour et de légèreté. Une affirmation et un acte de marginalité, non pas simplement proclamés, mais d’abord vécus – l’art comme invitation démocratique à un travail de réinvestissement de soi et du monde. Les cadres oppressifs et aliénants qui pèsent sur notre époque doivent susciter, en réaction, l’invention d’une Genèse, l’exercice d’un passage par la ruine, non pas tabula rasa, mais injonction de se comprendre en harmonie : à la fois partie d’un Tout qui s’appelle la Nature, la Terre, le cosmos, et créateur, c’est-à-dire poète.

Guillaume Logé / Conseiller artistique, chercheur en histoire et théorie des arts

FORTUITEMENT - 2016

FORTUITEMENT – 2016

www.lucasruiz.net