ETIENNE POTTIER

ETIENNE POTTIER
AGE D’OR

Exposition du 27 mai au 21 juin 2014
Vernissage mardi 27 mai 2014 de 18h à 21h

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Initialement formé au graphisme et à l’illustration à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2009), Etienne Pottier a publié un album Jamais en dessous de 130 en 2010 avant d’étendre le champ de ses recherches plastiques. Parallèlement à la gravure, qu’il pratique intensément depuis 2010, l’artiste a initié récemment une série de grands dessins à l’encre de Chine, montrés pour la première fois dans cette exposition.Qu’il s’agisse de gravures, de dessins à l’encre ou au fusain, ou de peintures, les couleurs sont rares dans le travail d’Etienne Pottier. Le noir et le blanc accompagnent toujours une recherche graphique exigeante, qui progresse autour de motifs récurrents et entrecroisés.

Pottier puise une partie de ces motifs dans les divers milieux marginaux qu’il a fréquentés et qui font sa singularité dans le monde de l’art contemporain. S’il ne parle pas bien le « germanopratin », il sait en revanche mixer dans une free-party, naviguer le milieu punk, aussi bien que celui des motards, étant l’un des leurs.

Son œuvre n’en est pas moins nourrie de références à l’histoire de l’art, d’Albrecht Dürer à Damien Deroubaix ou Peter Doig, en passant par Eugene Smith. Il affectionne par exemple les « vanités », thème classique de l’histoire de l’art depuis le 17e siècle, ces natures mortes dans lesquelles les éléments doivent rappeler au regardeur, de manière allégorique, le caractère transitoire de sa vie terrestre, et l’inciter à se tourner vers Dieu pour le salut de son âme. Mais le thème n’a chez Etienne Pottier pas de portée religieuse. Dans un monde sans Dieu, crânes et squelettes ne font que rappeler la fragilité de l’homme.

La vulnérabilité est une thématique centrale chez Pottier. Souvent, elle affleure là où on ne l’attend pas : les chiens (compagnons de galère des marginaux, des « punks à chien ») sont musclés et puissants, mais semblent pourtant inoffensifs, avec leur langue pendante et leur regard tendre. Les quatre gueules bienveillantes de son Cerbère contemporain n’inquiètent guère. De même, l’homme cynéphale, qui dépose sa tête en offrande, semble bien apaisé. Malgré le thème, il n’y a dans l’image ni violence, ni souffrance, ni provocation, mais l’évocation d’un rituel mystérieux et intemporel.On décèle chez l’artiste une aspiration à traiter les sujets prosaïques d’une manière spirituelle, à conférer à des thèmes quotidiens une dimension presque sacrée. C’est en particulier perceptible dans la manière dont il aborde l’iconographie de la moto. Dans ses gravures, les casques de moto sont comme auréolés et mis en équivalence avec des heaumes de chevaliers ou des casques gaulois. « Le pouvoir et la gloire » sont les trophées convoités par ces nouveaux « héros » contemporains que sont les motards, en quête d’une expérience unique : dominer sa peur, braver le danger et la mort. Les références au monde des motards est toutefois allusive, et presque cryptée. Seuls les initiés connaissent le « prince noir », motard anonyme qui a parcouru les 35 km du périphérique en 11 minutes (Acte de foi), ou savent que les acronymes SRAD ou CBR inscrits en frontispice de certaines gravures, renvoient à des engins mythiques, extrêmement puissants.

Comme tous ceux de sa génération, Etienne Pottier pratique le sampling : il puise son inspiration sur internet où un mot-clé mène à un autre et peut vous embarquer vers des images inattendues. Mais ces images-sources s’enrichissent de la connaissance qu’a l’artiste de l’histoire de l’art : le « prince noir » devient ainsi la figure d’un retable, revisité par une esthétique « black metal ».

Sa dernière composition Veneah (dont le titre vient de « Heaven » à l’envers) ouvre son travail vers de nouvelles perspectives artistiques. Dans ce vaste paysage, les entrelacs végétaux, les volutes de fumée, les musculatures semblent l’occasion pour l’artiste de laisser libre cours au plaisir du geste pictural, qui l’emmène toujours plus loin dans de nouveaux territoires oniriques. Est-ce l’Age d’or ?

Stéphanie Molinard

Veneah, 2014, encre de chine sur papier, 225 x 450 cm


Age d’or
, 2014, gravure sur papier, 50 x 34 cm

http://etiennepottier.tumblr.com/

HELENE MILAKIS

Hélène Milakis
Chiens Errants

exposition du 29 avril au 24 mai 2014

 Chiens errants 2013 acrylique sur toile, 130x178cm

Je travaille l’acrylique, peinture qui sèche vite me permettant de mettre des fonds et de revenir rapidement dessus.

Il y a parfois le collage, la craie, l’encre qui peuvent intervenir pour soutenir la vision que j’ai de cet  espace où je craie, la toile.

C’est en peignant que les personnages et les chiens errants prennent vie, qu’ils émergent.

Ils sont anonymes mais bien vivants dans un lieu que l’on peut deviner comme des Ruines, la nature, une ville, ou pas.

Une réflexion, ma réflexion sur la vie.

Fonds coupants, découpants, sombres ou vifs où se mettent en scène un personnage ou plusieurs personnages, un animal ou une meute, des ruines.

Nous sommes seuls  face à la vie avec des regards absents, hagards comme figés.

Décharnés, dénudés mais là plus que jamais encrés dans la terre,

« Chiens errants» c’est la rébellion, ce sont des hommes et des animaux qui s’animent.

Moments périlleux et décisifs. C’est la lisière de la ville, entre le commencement ou la fin de celle-ci.

Emotions que je ressens face au spectacle que m’offre une capitale et les quelques lieux que je connais sur cette planète avec de « drôles de coins » qui peuvent être des toiles de fonds pour un film, un livre ou une peinture…

Il est parfois difficile de ne pas se sentir seul devant cette métamorphose.

J’ai expérimenté la figure humaine, je la déplace vers ce qui l’entoure.

Je poursuis des compositions s’inspirant de corps de villes, de ruines, d’humains ou d’animaux.

Je me nourris de ce qui m’entoure, de ce qui me touche et me saute aux yeux.

Hélène Milakis

 Portrait de famille, 2014, acrylique sur papier marouflé sur toile, 46x61cm

Ruines-2014-acrylique-sur-toile-60x73cm

 Ruines 2014 acrylique sur toile, 146x114cm

David Ortsman

David Ortsman
Hey, Cruel World

Exposition du 18 mars au 12 avril 2014
Vernissage mardi 18 mars 2014 de 18h à 21h

Reprenant le titre de la chanson de Marilyn Manson (album « Born Villain », 2012), David Ortsman nous interpelle, à l’occasion de son exposition personnelle à la Galerie du Haut Pavé, sur la cruauté du monde.

Dans ses dessins à l’encre de Chine, aux encres aquarelles et au Rotring, l’artiste se met en scène dans des situations surréalistes où il est à la fois témoin, victime de la barbarie des personnages (pantins, squelettes, animaux, peluches), victime du paysage (fleurs, arbres, maisons), mais également acteur de cette violence engendrée. En effet, il mord, mange, croque, torture, découpe les autres, et parfois lui-même : son double est cannibale et autophage. La menace et la tension sont donc présentes dans ses saynètes étranges et colorées.

La violence est là, mais elle paraît cependant douce, voire indolore et festive dans certaines œuvres. Les personnages de David Ortsman ont l’air paisible dans ces cauchemars ou plutôt ces rêves ; ils dorment, pleurent en silence, sourient même. Sont-ils habitués à cette brutalité, cette méchanceté qu’ils trouvent normales ? L’artiste nous interroge  alors sur les rapports des hommes entre eux et envers la nature qui les entoure. Devenons-nous petit à petit de mauvais sauvages ?

Géraldine Dufournet

 

MAYA BENKELAYA

MAYA BENKELAYA
GRIP

Exposition du 4 février au 15 mars 2014
Vernissage mardi 4 février 2014 de 18h à 21h

maya benkelaya 2(72 dpi)

Sans titre, 2013, Feutre sur papier, 60 x 45 cm

Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre.

Roland Barthes[1]

Née en Algérie en 1980, Maya Benkelaya a été formée à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Ses œuvres – dessins et sculptures – mettent en scène le corps humain, mais en ne le faisant jamais figurer explicitement, procédant plutôt par allusions ou par métaphores. Elle use ainsi de subterfuges transposant l’anatomie dans des formes improbables, absurdes ou inconfortables, mais tou­jours identifiables. Peut-être peut-on y voir une façon de contourner l’interdit de la figuration des êtres vivants dans la tradition islamique[2]. Ce refus de la représentation directe n’exclut pas une forme de voluptueuse sensualité, faisant écho au propos de Marguerite Yourcenar : « Qu’est la volupté elle-même, sinon un moment d’attention passionnée au corps ? »[3]

Plus encore qu’au corps, c’est à sa frontière avec le monde extérieur, à la peau, que l’artiste porte son attention la plus passionnée. Le latex est un de ses matériaux de prédilection. Il peut se répandre au sol, comme une flaque délimitée par une fragile bordure, pendre au mur en lanières sages ou déchiquetées, constituer des torsades en forme de tresses. Il est souvent accompagné de boutons pression pour souligner le fait qu’il s’agit bien d’un matériau qui a pour vocation de se refermer, de mouler pour mieux envelopper[4]. Mais cet enfermement suggéré n’a rien d’un emprisonnement. On dirait que Maya Benkelaya veut prendre le contre-pied de Schopenhauer quand il déclare : « Chacun est enfermé dans sa conscience comme dans sa peau. »[5] Au contraire, ses œuvres délivrent l’imagination et la conscience qui, libérées de toute représentation trop explicite, peuvent s’égarer dans des chemins non balisés qui n’ont rien de contraint ou de prédéfini. On pense à l’expression « Esclave de corps, d’esprit libre. »[6] de Sophocle. Et c’est bien de cela qu’il est question. La peau, telle une mue, est restée sur place. Son habitant s’est échappé, a pris une liberté que le spectateur est libre d’imaginer comme il l’entend.

Que dire de ces dépouilles qui nous interpellent comme seuls témoins de probables mauvais traitements : écorchements renvoyant à Marsyas ou à saint Barthélemy, tortures individuelles comme dans La colonie pénitentiaire de Kafka, lacérations sadiennes, raffinements cruels et voluptueux dignes du Jardin des supplices de Mirbeau… ? Elles renvoient à une réflexion sur la précarité de l’écorce humaine. Ce point est corroboré par le fréquent recours de l’artiste à des équipements médicaux, orthopédiques ou sportifs rendus presque anodins par leur transformation en thèmes de contemplations esthétiques. Ils sont multipliés, assemblés, déformés, étirés pour créer des objets ou des installations qui forcent le regardeur à repenser le rapport de son propre corps avec le monde environnant. Les sentiments se bousculent, s’entrechoquent et se contredisent : contrainte, obstacle, abandon, résignation, libération, souffrance… Mais, comme le soulignait Shakespeare : « Plus le corps est faible, plus la pensée agit fortement. »[7]

Une des caractéristiques essentielles de la peau est sa semi-perméabilité. Maya Benkelaya la met en évidence dans ses dessins qui se présentent, le plus souvent, comme des assemblages frontaux de surfaces opaques partiellement ajourées, à des tissages, à des cuirs corroyés ou à des damasquinures. On pense inévitablement au travail artisanal de l’art populaire kabyle, à ses poteries peintes – les ikoufans –, à ses peintures murales, à ses bijoux et à ses tatouages, subsistance d’une lointaine écriture primitive remplie de symboles sexuels. Ces dessins arrêtent le regard tout en ménageant des sorties, vers le fond de la feuille, sorties sans issue. Ils se laissent pénétrer par l’œil, mais le captivent, le capturent et l’empêchent d’en ressortir, incitant à une certaine forme de voyeurisme. Ils se comportent ainsi comme des moucharabiehs[8], surfaces semi-perméables et asymétriques par excellence – voir sans être vu –, variantes des vitres sans tain, alimentant bien des fantasmes voyeuristes repris, notamment, par Duchamp dans son Étant donnés : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage…

 Louis Doucet, janvier 2014

* Texte de présentation de l’exposition de Maya Benkelaya à la Galerie du Haut-Pavé, du 4 février au 15 mars 2014 .

[1] In Fragments d’un discours amoureux.

[2] De façon assez curieuse pour une tradition aussi forte, ni le Coran ni les hadîths ne sont précis sur ce point. L’interdit se rattache à la tradition judaïque de proscription des idoles, telle qu’exprimée dans l’Ancien Testament : « Tu ne feras point d’image taillée ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. », Exode XX.4.

[3] In Mémoires d’Hadrien.

[4] Le latex a ses fétichistes. Les combinaisons moulantes en latex empêchent la respiration de la peau et provoquent un sentiment d’apesanteur, de protection quasi fœtale.

[5] In Aphorismes sur la sagesse dans la vie.

[6] Fragments, l. 677.

[7] In Hamlet.

[8] Noter l’étymologie de ce mot qui vient de l’arabe مشربة (mišraba) désignant une cruche, encore une enveloppe quelque peu poreuse protégeant un contenu désirable.

Sans titre, 2013, Feutre sur papier, 35 x 50 cm

BENOIT GEHANNE

BENOIT GEHANNE
NICHES

exposition du 7 janvier au 1er février 2014

vernissage mardi 7 janvier de 18h à 21 h

Biais 1# 2# 3# 4#, 2013, bois, peinture acrylique, photographie

Le travail de Benoît Géhanne consiste à mettre en place des conditions venant contrarier toute immédiateté de lecture. Il produit des images – peintures, dessins, photographies –, puis enraye les mécanismes qui favoriseraient leur réception. Ceci non en manipulant l’image elle-même, mais en travaillant son contexte de présentation : ce sont donc les conventions de format, de modalités d’exposition, de projection, d’accrochage, qui constituent la matière de ses recherches.

 Ainsi, lorsqu’il encadre ou contrecolle ses images sur métal : la marie-louise est décentrée, réduite à un unique biseau ou basculée pour n’être plus parallèle au cadre, ou encore la plaque d’aluminium déborde largement. Benoît Géhanne joue du parergon, cet espace matériel et symbolique qui borne l’œuvre ; il travaille ce point de rupture au-delà duquel l’image et son cadre/support ne constitueraient plus un objet spécifique, autonome.

 Comme lorsque, délaissant le cadre, ses peintures et dessins se déploient directement sur le plan du mur. Ces propositions empruntent aux motifs décoratifs – papiers peints, carrelages -, manière de ramener dans le white cube un autre contexte, et de jeter le trouble sur son apparente spécificité.

Avec ces pièces, Benoît Géhanne exagère les contraintes de réception. Il déplace le point de vue : force à regarder non plus en face mais vers le haut ou le bas, en biais au fond d’un angle aigu – le geste indexant la façon dont les artifices d’exposition orientent le regard, permettant alors d’éprouver son caractère construit.

 Marion Delage de Luget